Le Grand Frisson Part IV : 15 pépites infernales

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Au cœur des années 80, lorsque le marché de la vidéo put s’imposer définitivement, il signait aussi l’arrêt de mort des cinémas de quartiers : plus besoin d’aller sur la 42ème rue à New-York ou au Brady à Paris pour découvrir des séries b ou z obscures et déviantes. Les années 70 fut alors une période faste pour ce cinéma maintenant disparu, prônant les doubles-programmes improbables et les séances de Minuit enfumées.

Aujourd’hui, grâce au net, aux manifestations cinéphiles (tel que L’Étrange Festival ou Hallucinations Collectives) ou aux éditeurs indépendants, il est bon de voir déterrer des œuvres improbables, dont certaines ont loupé la case culte à quelques centimètres près.

Au rayon de l’horreur et de l’étrange, les surprises ne manquent pas et une cueillette s’imposait. Cet esprit d’un cinéma d’horreur décadent fut d’ailleurs parfaitement résumé par Edgar Wright dans son hallucinant Don’t (visible ICI), bande-annonce parodique (mais très impressionnante) qui condensent à merveille l’esprit de la sélection ci-dessous. Ils sont rares, flippants, bizarres, gores, sinistres. Ils sont gloomy, creepy ou rough (comme on dirait outre-atlantique). Ils viennent des States, d’Espagne, d’Italie ou de Hong-Kong. Ils sont là. Et cette fois, ne les loupez pas.

 

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* La cloche de l’enfer / La campana del inferno (1973) Claudio Guerin : Un des plus beaux fleurons du cinéma fantastique ibérique…mais aussi l’un des plus méconnu. Dans une campagne brumeuse paralysée par un catholicisme de fer, un jeune garçon marginal sort de son séjour en hôpital psychiatrique et compte bien se venger de ceux qui ont osé l’interner, soit sa propre famille. Récit de vengeance particulièrement tordue, hanté par une cruauté exquise (l’abattoir humain, le supplice de la cloche…), La cloche de l’enfer se déguste comme un conte anticlérical noir et dément, touchant du bout des doigts terreur gothique et surréalisme Bunuelien dans un dernier acte bizarroïde à souhait. On aurait temps voulu que ce brave Claudio Guerin continue dans cette lancée à la manière d’Eloy Iglesia : il fut malheureusement écrabouillé durant le tournage par la dite cloche. Et ce n’est pas une blague.

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* Love Me Deadly (1973) Jacques Lacerte : Si on excepte quelques rares cas par ci par là, cette curieuse bande pourrait bien être le premier film à avoir aborder frontalement le thème de la nécrophilie, bien que très éloigné des débordements d’un Nekromantik ou de la finesse d’un Kissed. Une jeune femme – ayant à peine réglée son oedipe – suit les obsèques d’inconnus dans l’espoir de caresser le corps des beaux hommes défunts une fois la cérémonie terminée. Malgré un romantisme de roman-photo souvent ringard, Love Me Deadly bifurque vers quelque chose d’encore plus malsain lorsque notre héroïne déviante tombe sous la coupe d’une secte nécrophile. Ce qui nous vaudra (entre autres) l’embaumement d’un prostituée homosexuel dont la crudité n’a nullement perdu de son impact.

nuitdesdiables* La nuit des diables / La notte dei diavoli (1972) Giorgio Ferroni : On lui devait une des perles du cinéma d’horreur italien (Le moulin des Supplices, étonnante variation sur le thème du musée de cire) et un bon paquet de péplums : en guise de fin de carrière, Giorgio Ferroni revient au genre horrifique avec ce croisement entre Les Wurdalaks de Mario Bava et La nuit des morts vivants. Tête explosée, corps féminin malaxée puis étripé, crâne grouillant d’asticots : autant dire que les premières images donnent le ton. Bon pour l’asile, un citadin moustachu se rappelle son séjour au fin fond de la forêt, recueilli après un accident par une famille de paysans terrorisée par une vampire insatiable. Atmosphérique et un brin rigide, La notte dei diavoli pète alors un fusible dans sa dernière partie et se métamorphose en objet hybride : Ferroni mêle le gothique à l’ancienne, qui retarde les apparitions malfaisantes et joue sur le folklore européen, et ce que deviendra le cinéma bis italien ; en bref des seins et beaucoup de gore. Carlos Rambaldi, futur papa de E.T et de King Kong, fait ses premières armes et n’y va pas de main morte avec des maquillages sanglants à souhait, qui aident bien des images déjà inconfortables (décomposition en accélérée, gamine déchirant la poitrine de sa mère, corps empalé en gros plan…). Surprenant.

massacre-des-morts-vivants-06-g* Le massacre des morts-vivants / Non si deve profanera il sonno dei morti (1974) Jorge Grau : Il est bon de rappeler qu’avant Zombie, ce sont les espagnols qui se sont réappropriés le mythe du zombie avec la saga des Templiers et ce Massacre des morts-vivants, cachant un titre original bien plus poétique (ne réveillez pas les mensonges des morts). Produit entre l’Italie et l’Espagne, le film se déroule pourtant en Angleterre, où une machine à ultra-sons réveille accidentellement les macchabées, qui ont vite fait d’aller croquer les vivants. Loin d’emprunter la structure du Romero, Grau en tire tout de même quelques leçons avec une économie de moyens certaines (pas d’armées de zombies ou de gunfight à n’en plus finir), relayant tout sur l’atmosphère ultra lugubre (l’apparition du premier zombie dans un coin de route, le carnage dans la clinique, la crypte envahie), un sound design terrifiant (les gémissements rauques des zombies ou ces coups dans la bande son évoquant un zombie frappant dans son cercueil) et des effets gores tout de même assez corsés. Brillant, flippant, intelligent et tout à fait à la hauteur des zombies de Papy Fulci…et même sans doute bien plus !

 

nightwarning* À la limite du cauchemar / Night Warning (1982) : Que sait-il passé dans la tête du gentil William Asher, plutôt habitué à signer des produits télé sans grand intérêt, pour avoir réalisé un film aussi malade ? Un mystère qui n’a pas désépaissi, le film n’ayant jamais dépassé le format VHS. Un sort bien injuste pour ce shocker mettant en valeur la regrettée et hallucinante Susan Tyrell, qui veille à ce que son neveu chéri ne quitte jamais la maison. Mais quand celui-ci commence à voler de ses propres ailes, sa tutrice voit ses désirs incestueux et sa frustrations déboucher en folie meurtrière . Entre violence sidérante (rien que l’introduction et sa traumatisante scène d’accident) et hystérie poisseuse, Night Warning scotche encore par ses audaces (le flic homophobe incarné par Bob Svenson se greffant tragiquement à cette histoire déjà sulfureuse) et son premier degré radical.

 

andsoonthedarkness* And soon the darkness (1970) Robert Fuest : Un des premiers cas de road-movie horrifique, tourné par ce vieux briscard de Robert Fuest (on lui doit le diptyque consacré au Dr Phibes) dans une France camembert plus inquiétante que rayonnante. Lâchées sur les routes de notre joyeuse campagne profonde, deux anglaises se disputent durant leur voyage : l’une disparaît, l’autre part alors à sa recherche, suivie alors par un mystérieux playboy. Bien que dénué de véritables scènes chocs (il serait idiot de mentir), And soon the darkness formante un petit suspens solide, très Hitchcockien, bien aidé par le charme de Pamela Franklin et la bizarrerie du casting bilingue (on y croise même Jean Carmet !). Le film ne sera étrangement jamais exploité en France, mais son horrible remake de 2010 aura droit à une sortie direct to video. Il serait temps de remettre les pendules à l’heure…

escalofrio* Satan’s Blood / Escalofrio (1978) Carlos Puebla : Alors que l’âge d’or du cinéma d’horreur espagnol commençait à toucher à sa fin (des films bis certes généreux, mais de plus en plus médiocres), Escalofrio offrait sa réponse au phénomène « satanique » qui s’était emparé d’Hollywood. À y regarder de plus près, le résultat est pourtant bien trop osé et bizarre pour ressembler à tout ce qui avait pu se faire auparavant. Ici, un couple chiant est embarqué par des amis de passage (mais le sont-ils vraiment?) vers un séjour inoubliable (comprenez par là mortel) dans une bâtisse abritant les pires secrets imaginables. Son introduction, où une belle plante se fait violer puis embrocher en sacrifice au malin, ne ment pas : Escalofrio pue le satanisme sexuel, de sa photographie maladive et fiévreuse, au climat sulfureux façon cauchemar érotique. Partouze échangiste et moite, poupée sanglante, cannibalisme, jusqu’à un final taré façon quatrième dimension qui nous emmène jusqu’au bout de la folie:  Escalofrio tient toutes ses promesses.

montclare* Montclare : Rendez vous de l’horreur / Next of Kin (1982) Tony Williams : Quel beau one-shot pour ce classique de la Ozploitation (dont on attend toujours une galette digne de ce nom en France). Dans un manoir transformé en maison de retraite, une jeune fille voit des événements étranges se multiplier : doit-on tout mettre tout sur le dos d’éventuels fantômes ou d’une malédiction familiale ? Au bout des couloirs vides, d’interventions de cadavres livides et de secrets gothiques, l’horreur s’immisce par petite dose jusqu’à éclater dans un final de fou furieux (avec un ralenti dont serait jaloux De Palma). Guidé par le score entêtant de Klauz « Schizophrenia » Schultz, Montclare avait l’audace de se réclamer plus du giallo que du slasher, alors en vogue : autant dire que sa licorne d’or (soit le grand prix du festival international de paris du film fantastique) ne fut pas volée à l’époque.

 

neroveneziano* Damned in Venice / Nero Veneziano (1978) Ugo Liberatore : Sans doute le rip-off le plus bizarre de Rosemary’s Baby, tourné dans une Venise aussi putride que celle de Ne vous retournez pas (on y retrouve même Pino Donaggio à la musique). Un ado aveugle, tendance Oliver Twist trimballé par une sœur antipathique, voit son quotidien se transformer en cauchemar lorsqu’il se découvre (malgré lui) médium et voit son entourage mourir à petit feu. Pris pour un fou, il tente de protéger sa frangine de la présence d’un curieux personnage qui pourrait être le diable. Sans aucun doute inspiré par Fulci, Liberatore en applique les leçons, avec des meurtres cradingues à souhait (prêtre passant sous l’hélice d’un bateau, gamine defigurée à la canne, vieille dame incendiée dans une église…) culminant avec l’impensable : un bébé empalé en gros plan ! Puisqu’on vous dit qu’ils sont fous ces italiens…

Lady-Stay-Dead-023b1ec5* Le tueur de Malibu / Lady Stay Dead (1981) Terry Bourke : Au début des 70’s, Bourke traumatisa l’Australie avec Night of Fear, pilote crasseux d’une série avortée à la limite de l’expérimental. Moins impressionnant peut-être, mais tout aussi intéressant, ce Lady Stay Dead (titre faisant référence aux spasmes post-mortem d’un cadavre encombrant !) dessine un tableau de cauchemar sous les sunlights californiens. Une starlette est prise en grippe par son jardinier, un homme qui aimait un peu trop les femmes, et surtout elle en particulier. Lorsque celle-ci l’envoie valdinguer, il l’a viole et une bagarre plus tard, finit par la noyer dans un aquarium (!!). Sauf que bien sûr le brave psychopathe ne va pas rester seul longtemps. Ce qui aurait pu s’apparenter à un home invasion crasseux tend ici vers une comédie noire et très brutale, étonnement sexy (le réalisateur érotise autant ses actrices que son psychopathe, alors loin des obèses huileux ou des puceaux décharnés habituels), confinant vers un face à face apocalyptique.

deathouse* Silent Night, Bloody Night  / Deathouse (1972) Theodore Ghersuny : Musique à l’orgue défraîchie, paysages sinistres, voix off guindée : c’est la veille de Noël et un homme s’embrase dans son jardin. Travelling arrière depuis le salon, alors que le corps brûle encore au loin à l’extérieur. Bonne ambiance donc. Sans surprises, la maison où a lieu le drame deviendra maudite, et les rares personnes à s’y aventurer finiront en morceaux. La belle et étrange Mary Woronov (pas encore sous le joug de Paul Bartel) tente de percer le mystère de la bâtisse. Whodunit lugubre et même carrément flippant, Deathouse se paît le luxe de devancer Black Christmas dans l’abattage de la sacro saint fête de Noël. Le spectateur bien patient (qui aura droit à un massacre à la hache évoquant déjà Cauchemar à Daytona Beach) pourra alors recevoir – en guise de cadeau – toutes les réponses au mystère dans un épilogue dégénéré, s’étirant dans une interminable et terrifiante scène en sépia. Cette pépite vous tend les mains puisqu’elle est tombée dans le domaine publique ! Bon visionnage ICI (et en VOST s’il vous plait).

pyromaniac* Pyromaniac / Don’t go in the house (1979) Joseph Elison : Ayant traumatisé les étalages de vidéo club avec son affiche démente signée par le grand Melki, Pyromaniac est un drôle de cas : quelque part entre le Norman Bates et le Ezra Cobb de Deranged, notre héros perd sa maman (qui s’amusait à lui cramer les bras tout gamin) et se met en tête d’écouter du disco et de brûler les filles qui croisent son chemin. Ce qui arrivera lors d’une scène de crémation au lance flamme toujours aussi impressionnante. Le plus étrange dans l’affaire, ce sont ses points communs avec Maniac, jusque dans un final quasi fantastique avec revenants et tout le bordel. Sauf que Pyromaniac lui brûle (oh oh) la priorité d’une année. De quoi relever l’intérêt de ce psycho-killer flick plutôt bien bâti, et au message final assez inattendu sur la maltraitance enfantine (ne lui foutez pas des gifles, vous risquez de réveiller le futur ed gein).

incubus-2* The Incubus (1980) John Hough : Artisan fidèle du cinéma fantastique à l’ancienne (La maison des damnés, Les sévices de Dracula…), Hough se retrouve tout de même avec un projet moins conventionnel sur les bras, pour ne pas dire carrément racoleur. En effet, un incube, démon lubrique d’une force monstrueuse, se met à massacrer et violer les filles d’une petite bourgade. Moins shocking que son sujet ne laisse paraître, Incubus offre tout de même des scènes attaques, certes suggestives, mais d’une brutalité et d’une violence inouïes (un quidam à demi décapité s’explose le pied au fusil dans la panique), avec des actrices prête à se péter la glotte pour l’occasion. Ajoutez à cela un peu de possession, de sorcellerie, et un twist glaçant : on en est même étonné que personne ne se soit lancé dans un remake bien dégeu. Mais la vérité, c’est que c’est quand même mieux comme ça.

seeding2* Seeding of a ghost (1983) Chuan Yang : Nombreux sont les bisseux ayant beaucoup loué les vertus du cinéma d’exploitation indonésien, il est vrai tout à fait farfelu et graphique : mais plus rares sont ceux ayant découvert tout un pan du cinéma HK avant le phénomène de la CAT III (classification dans laquelle tombait les films les plus extrêmes – à quelques exceptions près). Car nos amis chinois n’ont pas attendu cette niche si prisée pour faire du cinéma trash : la Shawn Brothers connu une période faste, avec de nombreux titres mettant l’accent sur des histoires de magies noires tournant très mal. Parmi eux, Bewitched (avec son père de famille tuant sa fille en lui plantant un immense clou dans le crâne !), The Boxer Omen (et ses délires psyché/jodorowskien) ou ce Seeding of a Ghost, ravagé de bout en bout. Débutant comme un film érotique du dimanche soir (ralenti sur la plage et seins mous en option), le récit dérape en récit de vengeance par delà la mort : souhaitant venger l’assassinat de sa petite amie, un pauvre hère transforme la vie de son dernier amant en enfer sur terre. Visuellement soigné mais aussi sale et dégénéré qu’un Troma des familles, Seeding of a ghost se permet de faire vomir mamie, de sodomiser un bon monsieur avec une allumette géante, et clou de spectacle, de lâcher un monstre à la The Thing sur un parterre de bourgeois. Horrible et génial.

nepourlenfer* Né pour l’enfer / Born for Hell (1976) Denis Héroux : Il n’est pas rare que le traumatisme de la guerre du Viet-Nam fut le thème central de certaines œuvres d’exploitations craspouilles (Exterminator, Combat Shock, Delirio Caldo et on en passe). Parmis elles, une co-production hallucinante réunissant l’Italie, le Canada, la France, L’Allemagne, le tout filmé en Irlande ! Ce qui explique un casting borderline où s’entrechoque Mathieu Carrière, Myriam Boyer, Carole Laure, Christine Boisson ou Leonore Fani. Vétéran pas vraiment sain d’esprit, notre anti-héros traverse une Belfast pourrissante (attentats, coups de feu, prostituées vieillissantes…) et se réfugie dans un foyer d’infirmière qu’il va terroriser, humilier, violer et massacrer. Home invasion déviant s’inspirant d’une tuerie monstrueuse ayant eu lieu dans les années 60 aux Etats Unis, Né pour l’enfer ne fait pas de cadeaux, resserrant son étau mortel comme le fera un certain Funny Games en son temps. Glaçant.

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