Midnight Express (1978) Alan Parker : Turkish Delight

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6 Octobre 1970. William Hayes, 23 ans, s’apprête à partir de l’aéroport d’Istanbul, le corps enrubanné de deux kilos de haschich. Il ne passera pas la fouille au corps et sera emprisonné à Samalclar. Un crime mineur, mais en Turquie, il est emprisonné pour 5 ans de prison…avec une mauvaise surprise au bout : il sera d’abord condamné à vie puis à trente ans pour l’exemple. Hayes s’évadera pour retrouver le sol américain. À son retour, et avec l’aide de William Hoffer, il racontera son périple dans le livre Midnight Express. Il n’en fallut pas moins pour Hollywood, qui mettra le grappin sur ce chemin de croix. Bien qu’à l’époque on ne lui devait que Bugsy Malone, une parodie de film noir uniquement incarnée par des enfants, Alan Parker occupe la caméra et Oliver Stone, qui sortait du zarbi Seizure, sera du côté de la plume. Le film sera un choc et un hit.

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À une époque où le film de prison (masculin) n’était pas encore très répandu (au delà de Papillon, les exemples ne sont pas légion), Midnight Express ne nous épargnait rien du calvaire des prisons turques, de la pierre humide et insalubre, en passant par les tortures, le sadisme des gardiens, le poids du temps qui passe, les évasions loupées…aujourd’hui encore, et malgré les nombreux rejetons qui lui sont passés dessus, il reste sans doute le film le plus désespéré et le plus fort sur le sujet. L’authenticité, déjà évidente, du traitement joue beaucoup, ainsi que les talents plastiques de Parker, volontiers accusé d’être trop esthétisant voire publicitaire. Mais comme Apocalypse Now ou Alien, deux autres monuments de cette génération flattant eux aussi par l’image, Midnight Express a tenu admirablement l’épreuve des années.

À mi-chemin entre le disco et la ballade déchirante, l’énergie et la mélancolie, le score de Moroder (dégageant un Vangelis initialement prévu), plus daté quant à lui, garde un charme fou. Et puis il y a Brad Davis, étoile filante, beau gosse fragile à la fois érotisé et heurté, à la lisière d’un James Dean en plus « rough ». Il donne tout, et n’aura pas grand chose en retour : icône gay (again) dans Querelle, il jouera la carte de la discrétion avant de s’éteindre du sida au début des 90’s. Le mélange d’animosité et de fragilité du bonhomme dévore chaque image de Midnight Express.

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On a beaucoup parlé, pendant, après et encore aujourd’hui, du racisme latent du film : difficile de se voiler la face, car oui, Midnight Express a fait beaucoup de mal à la Turquie, n’apportant alors aucune nuance vis à vis des personnages turques (tous corrompus, sadiques, ou lointains). Un point sensible, naturellement provoqué par l’envie de livrer un récit presque kaftaien, où le héros ne comprends guère la langue parlée, voit ses peines se raccourcir et s’allonger, et son univers s’effriter autour de lui. Depuis, des excuses publiques ont été prononcé…

Vis à vis du récit de Hayes, Oliver Stone ne s’est pas gêné pour exagéré certains aspects : Hayes n’a jamais tué, que ce soit par folie ou pour se défendre, ne sait jamais fait violer (outre la tentative de la scène finale, un fondu au noir lors du premier passage à tabac semble sous entendre l’acte), n’a pas terminé sa détention chez les fous (en réalité, Hayes y est allé volontairement pour y tenter une évasion avant de retrouver les quartiers habituels) et s’est enfui d’une toute autre manière (il aura fallu un transfert dans une prison près de la mer pour arriver à ses fins). Quant à la question de l’homosexualité, Hayes a bien eu une liaison avec un détenu, ce dont le film se souvient (dans une scène magnifique, véritable rayon de lumière dans la crasse) sans trop s’y aventurer (pour ne pas froisser la censure, le Hayes cinématographique refusera poliment).

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Tout a été fait pour bâtir le film comme une descente aux enfers, ce qui, avouons-le, se relève payant quant à son impact (la mort de Rifki, le gardien incarné par un des tortionnaires de Salo, reste encore un moment de violence phénoménale). Malgré ses recoins sombres et maladroits, Midnight Express est inoubliable. Il suffit à peine de repenser aux toutes dernières minutes, suspens insoutenable qui redonne encore tout son sens au mot liberté.

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