Dr Jekyll & les Femmes (1981) Walerian Borowczyk : Le Vice & Versa

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Après une période d’expérimentations dans les années 60 avec de nombreux courts d’animation et un âge d’or dans les 70’s, ce grand monsieur de l’érotisme qu’était Walerian Borowczyk passera hélas difficilement les années 80. Et même pour être franc, Intérieur d’un couvent en 77 sera sans doute son dernier grand film. Son style rétro n’arrive pas à se fondre dans la masse, l’homme se répète (Les héroïnes du mal, tentative sympathique mais limitée d’anthologie façon Contes Immoraux) et ne trompe plus personne, même lorsqu’il adapte Ovide ou qu’il apporte sa pierre à l’édifice de la saga Emmanuelle (sans succès). Parmi les films très inégaux voire ratés de cette période, Dr Jekyll et les femmes est assurément le plus bizarre et le plus intéressant.

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La première excellente idée de Borowczyk, c’est d’avoir choisi Udo Kier, qui fut successivement le baron Frankenstein et Dracula chez Morrissey. En 79, Borowczyk le faisait également incarné – fugacement – Jack l’éventreur dans son très mauvais Lulu (qui annonce tristement sa fin de carrière dans la Série rose). Dans la peau du docteur Jekyll, l’acteur apporte à nouveau une séduction, une étrangeté et une fragilité pertinente, sans jouer sur le même registre que les mythes précédemment interprétés.

Pour ce qui est de l’adaptation, nous sommes évidemment plus proche d’une trahison déviante comme l’était Dr Jekyll et Sister Hyde : Borowczyk met la construction du livre de Stevenson au placard, y intègre l’épouse de l’écrivain (Fanny Osbourne) et règle le tout en huis-clos (bonne idée quand on ne veut pas s’aventurer sur le terrain de la reconstitution). Le Dr Jekyll trifouille dans son laboratoire alors que les invités se succèdent en l’honneur de ses fiançailles avec la belle Fanny, qui a manifestement le diable au corps et attend fébrilement sa nuit d’amour. Le repas bourgeois pompeux et pompant tourne au cauchemar quand un individu sème la terreur dans le quartier et s’arrange pour pénétrer dans la maison pour violer et tuer tout ce qui bouge. Mais ce monstre, qui tétanise tout ceux qui ont le malheur de le croiser, était déjà là avant tout le monde puisqu’il s’agit du fameux Mister Hyde qui est donc…on ne vous fera pas un dessin.

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Borowczyk avait effleuré l’horreur dans La bête ou Contes Immoraux (avec le segment consacré à Bathory) et s’y vautre ici avec un malin plaisir : toute la cruauté et le grotesque de l’entreprise repose sur du théâtre de boulevard parasité par un carnage qui n’épargne personne.
Dans une introduction bleutée terrifiante, Hyde poursuit une gamine qu’il fracasse à coup de cannes et tente de la violer : autant dire que ce sera méchant. Plus tard, on verra une vieille se faire péter les os, un père assister à la sodomie de sa propre fille (visiblement échaudée par la rumeur voulant que le sexe de Hyde soit énorme !) avant de la punir avec une grosse fessée à la corde, un matricide sauvage, des gros plans sur des vagins ensanglantés ou encore un éphèbe violé à mort par ce pervers de Hyde. Une sorte de slasher victorien dément qui confirme hélas que Borowczyk n’est pas toujours très à l’aise avec l’action.

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Face à une progression bordélique et au cabotinage d’un Patrick Magee rouge tomate, Dr Jekyll et les femmes sauve les meubles de bien des manières : la beauté de Marina Pierro, muse tardive du réalisateur, impatiente dans son corsée débordant ; la musique bizarroïde de Bernard Parmegiani ; l’incroyable photo d’un autre temps de Noël Very ; le physique ultra flippant de Gerard Zalcberg (sans doute l’un des meilleurs Mister Hyde vu au cinéma) et toutes les scènes purement fantastiques. À la décoction habituelle, Jekyll se transforme en se prodiguant des bains chimiques, donnant lieu à des scènes de transe humides et hypnotiques. Dans ce climat de terreur sexuel, le personnage de Miss Osbourne connaîtra également les joies de visiter son côté obscur, donnant lieu à une scène finale d’amour fou comme en rêvait les surréalistes.

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