The Evil Within (2014) Tango Gameworks : Flesh for Mikami

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C’était il y a 10 ans (et oui, déjà !) : Resident Evil 4 changeait la face du survival horror et de la saga dont il faisait parti, revoyant de part en part un gameplay devenu bien trop rigide. De remakes en suites, la série semblait en effet être arrivée à un point de non retour ; le 4 se chargea alors de doper tout ça : nouveau moteur graphique, mariage d’horreur gothique et d’action pure (virage déjà entamé par Resident Evil 3), ruptures de tons casse-gueules (l’on passe d’un château digne d’un film de la Hammer à une île fortifiée évoquant davantage Commando) et morceaux de bravoures dantesques (comme l’affrontement avec ce troll de plusieurs mètres), la saga Resident Evil était changée à tout jamais, et le survival horror avec.
En outre, et excepté du côté des productions indépendantes, l’action vient plus facilement aujourd’hui au genre (voire la dégringolade de Dead Space, qui débuta façon Alien et ressemble aujourd’hui à Lost Planet). De son côté, Shinji Mikami ne participera pas au 5 et au 6, qui iront encore plus loin dans « l’action-horror », quitte à s’éloigner radicalement des fondements de la saga. Renouvellement ou enterrement, seul l’avenir nous le dira.

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On ne saurait décrypter l’état d’esprit de Mikami lorsque celui-ci part diriger un autre jeu de survival horror ailleurs, annoncé en grand pompe en bon hit instantané : s’agit-il d’une revanche ou d’un geste blasé ? La réponse, hélas, ne se fait pas attendre…

En compagnie de ses deux coéquipiers, l’inspecteur Sebastian Castellanos tente de stopper un mystérieux carnage ayant lieu dans l’imposant hôpital psychiatrique de Beacon. Il faudra peu de temps pour les trois larrons pour se retrouver dans un univers infernal : mais reste à savoir s’il s’agit bien de la réalité…
De ce fait, on ne s’inquiétera pas vraiment pour les personnages, tous inexpressifs et tous sur le même mode du début jusqu’à la fin (un héros antipathique, un savant fourbe, un malade mental gémissant, un coéquipier qui tousse…), même si le protagoniste principal est le seul à gagner en épaisseur au fil de l’histoire (inspecteur de police amer, ancien alcoolique…le baratin habituel quoi) mais en vain.

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S’il y a bien une chose qui mettra tout le monde d’accord à propos de The Evil Within, c’est sa beauté graphique, avec une somme de détails incroyable et des décors hallucinants en pagaille (ville en ruines, campagnes sinistrées, sous-sols crapoteux…), quelque soit le support choisi (PC, Xbox 360, PS4…). Mais il s’agit sans conteste du bel arbre vert cachant une sinistre forêt, comme il s’agit souvent le cas dans les grosses machines actuelles du jeu vidéo  : la performance graphique masque ainsi un manque d’imagination révoltant, tendance poudre aux yeux. Bien entendu, le gameplay est accrocheur, spectaculaire (les combats sont jubilatoires et haletants), la difficulté bien dosée, les pics de stress ne manquent pas (cette satanée femme araignée) : tout est là pour offrir un divertissement de qualité. Sauf dans son contenu.

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Il faut à peine quelques minutes de jeu pour comprendre où veut en venir Mikami : The Evil Within est un patchwork de tout ce qui a pu se faire dans le jeu vidéo ou le cinéma d’horreur depuis RE4. Par exemple, l’esthétique brassant charniers suintants, bassins dégoulinants, pièges mortels et barbelés pioche sans détour dans le torture-porn (avec une scène d’évasion digne de Hostel). On aura droit également à de nombreuses créatures écorchées vives et purulentes digne de Clive Barker, un détour par une usine de mannequins évoquant Condemned, une malédiction familiale rappelant aussi bien Code Veronica que Lovecraft : mais la palme revient aux emprunts à peine dissimulés à Silent Hill avec des visions d’hôpitaux/asiles décrépis, des « cubehead » remplaçant les « pyramide head » (on croit rêver…), et une zone de confort se dégradant progressivement, faisant le parallèle entre deux dimensions comme dans Silent Hill 4 : The Room. The Evil Within s’essaye même à son tour au mindfuck complet, avec des transitions de décors surréalistes et plusieurs couches de réalité faisant de l’oeil à Inception, sans compter un méchant échappé de Akira. C’est trop.

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Toutes ses références, voulues ou pas, ne sont rien par rapport à la mauvaise surprise laissée par Mikami : parachuté dans des souvenirs qui ne sont pas les siens, le héros se retrouve catapulté dans des coins de campagnes reculés, à l’époque indéfinie. Et lorsqu’en pleine nuit, l’on se retrouve dans des clairières mal éclairées, la lumière d’un village fantôme brillant dans la nuit, l’évidence saute aux yeux : The Evil Within reprend carrément des pans entiers de RE4 ! On aura déjà remarqué que les ennemis, aux looks cependant très différents (et très réussis), ont exactement les mêmes attitudes que ceux que RE4 (jusqu’à l’utilisation de la dynamite et des armes blanches), ce qui ne dépaysera absolument pas les habitués. Même le Leatherface-like reviennent en force, le visage toujours dissimulé (quitte à ne rien changer du tout). Mais le quatrième volet de la saga n’est pas le seul épargné : le passage par un manoir évoque irrésistiblement le premier opus, et les derniers chapitres situés dans un monde post-apocalyptique renvoie au sixième jeu, auquel Mikami n’a pourtant pas participé !

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Seule audace face à cette resucée qu’on avait pas vu venir, une scène d’assaut dans une infrastructure en ruine perchée au dessus d’une falaise, sur fond de soleil couchant : un très beau virage plastique, aux antipodes des atmosphères lugubres vues et revues. Seul instant de fraîcheur au milieu d’un best-of qui ne rassure pas vraiment vis à vis de l’imagination des développeurs actuels. Après l’annulation de Silent Hills (qui était bien parti pour raviver la flamme d’une saga elle aussi escamotée), on se demanderait presque si le Survival Horror ne se viderait pas de son sang à la manière du cinéma d’horreur actuel. Prions que non.

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