Alucarda (1978) Juan Lopez Monctezuma : Priez pour elles

A la croisée du nunsploitation poisseux et du film de possession infernal, Alucarda incendie le cahier des charges imposé pour un résultat dépassant largement le petit film de cinéma de quartier. Devenue culte depuis sa parution chez l’éditeur Mondo Macabro, il fait parti de ces titres dit « grindhouse » utilisant à bon escient la liberté du cinéma d’exploitation pour y exprimer toutes les fantasmagories possibles : déjà responsable du très curieux Mansion of Madness (libre adaptation de Poe également parue dans la collection dvd de Pete Tombs), Juan Lopez Monctezuma y applique les bonnes leçons apprises auprès de Alejandro Jodorowsky, dont il fut un collaborateur proche. En prenant le même chemin que le grand Jodo (pour les intimes), tout semble permis malgré la faiblesse du budget ; le but étant de donner avant tout une identité propre au résultat final. Objectif réussi.

A la vue de la désastreuse adaptation du Moine de Lewis par Ado Kyrou quelques années auparavant, on se demande comment Monctezuma n’a jamais eu l’idée d’adapter ce grand classique de la littérature gothique : la fièvre, l’audace visuelle et la tentation de l’excès mystérieusement volatilisées du film de Kyrou s’intègrent brillamment ici, dans un univers appelant également les esprits de Sade et de Le Fanu.
Jeune orpheline ténébreuse à la genèse diabolique, Alucarda trouve en Justine, sa nouvelle camarade de chambre, une nouvelle raison de vivre. Mais cette amitié / amour naissant est vite obscurcie par des forces maléfiques le jour où les jeunes filles profanent un mystérieux tombeau. Dès lors, elles sèment le trouble dans le couvent qui les abrite. La décision de l’église est irrévocable : seul un exorcisme (violent) pourra les délivrer.

A vouloir entraîner le spectateur dans un tourbillon d’horreur, Monctezuma concentre un peu trop ses effets chocs dans une première partie agitée, où s’enchaîne envoûtement, messe noire, relation saphique et orgie satanique dans un climat d’hystérie grisant. Mais l’effet est garantie : on est littéralement scotché par le design surréaliste, entre son couvent caverneux recouvert de crucifix démesurés et ses nonnes momifiées aux allures d’écorchées vives, et le charisme bouillonnant de son actrice principale, Tina Romero.

Une fois la tempête passée, Alucarda ne se repose par pour autant sur ses lauriers, dans sa description d’un obscurantisme barbare (crucifixion, saignées mortelles, flagellations dantesques) et son surnaturel chaotique (nonne zombie démembrée, pyrokinésie sauvage, cercueil sanglant) : mieux encore, les travellings latéraux et circulaires attestent d’une vraie maîtrise visuelle. Avec L’Antéchrist d’Alberto De Martino, il fait parti de ces rares exorcist-like oubliant le matériau de base (en l’occurrence, le film de Friedkin, par qui tous les diables sont arrivés) pour une approche picturalement plus riche et une imagerie plus archaïque : on entre de plein pied dans l’univers des sabbats, des sévices impitoyables et des fournaises lubriques peints et décrits autrefois par tant de grands maîtres. Attention, ça chauffe…

Pour les grands curieux, le film sera diffusé ce Dimanche à 3h00 du matin sur Arte.

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