Jeux Interdits de l’adolescence (1977) Pier Giuseppe Muria : Mauvais Anges

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Omniprésence de la censure ou pas, la libération des mœurs dans les années 70 avait permis au cinéma d’oser tout ce qu’il ne pouvait auparavant. Encore aujourd’hui, on cherche encore à la loupe les limites de ce capharnaüm de tabous transgressés au détour de titres exhumés. Déclinaison de films comme Lolita, Baby Doll ou Rapture (pourtant tous des films américains), le filon ce que l’on appelle le teensploitation n’hésitera pas à mettre en avant la sexualité des adolescents et des pré-adolescents. En France, les nymphettes de David Halmilton s’exposent. L’Italie, comme c’est souvent le cas, déclinera à loisir quelques variations sulfureuses sur ce thème avec des films comme L’immoralita (avec une scène de pédophilie maladivement frontale), La Orca ou La Bambina. Des œuvres qu’on a préféré enterrer, sans aucun doute inexploitables de nos jours, et que personne ne s’amusera manifestement à sortir de terre. Maladolescenza fait alors figure de pièce maîtresse de ce mouvement scandaleux, et sans doute le seul à prétendre à être vaguement culte.

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Si le film écope de ce titre, sa raison est simple et c’est Eva Ionesco. Enfant star d’un nouveau genre, muse de sa mère photographe Irina Ionesco, qui se servira d’elle dès le plus jeune âge pour des clichés morbides et décadents dans les années 70. La petite fille devient une icône arty, mais coupera les ponts avec sa mère lorsqu’elle perdra le contrôle de son petit univers : marchandée, utilisée, déshabillée, exploitée, Eva Ionesco va vivre son ascension comme un viol. Dans My little princess, qu’elle a réalisé il y a quelques années, elle offre une illustration (édulcorée selon ses dires) de cette enfance scandaleuse. Une histoire qui a eu hélas l’occasion de se répéter récemment lorsque le fils de la comédienne, Lukas Ionesco, tourna avec Larry Clark Dans The Smell of Us. Malmené par le pervers pépère du ciné indé, il jurera de ne plus revenir devant une caméra.

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Durant sa carrière, et outre de nombreuses photographies (qu’elle tente encore de faire disparaître), Eva Ionesco tournera très fugacement chez Polanski, refusera La petite (qui sera sans doute un des derniers fleurons de la teensploitation), se verra coupée au montage de Spermula, et tourne Maladolescenza, sortie uniquement en vidéo chez nous, mais qui fut un succès assuré en Italie. Aujourd’hui immontrable, le film connu une sortie quasi confidentiel en Allemagne sur dvd, avant d’être banni définitivement du pays ! Le revoir sur support vidéo tiendrait du miracle à l’heure qu’il est…

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Le mystère perdure donc autour de la création de Maladolescenza. Son réalisateur par exemple, qui signait son premier film, s’évaporera. On ne connaît pas les conditions de tournage et le scandale semble avoir été rapidement étouffé. Rien d’étonnant vu l’interdit qu’il cristallise (pédophilie and co).

Arrêtons de tourner autour du pot, et voyons ce que cache l’objet du scandale : comme ils en ont l’habitude à chaque vacances, Fabrizio (Martin Loeb, frère de Caroline, échappé du plus prude Mes petites amoureuses de Jean Eustache), un ado un peu ermite sur les bords, retrouve Laura (incarnée par Lara Wendel, qu’on reverra chez Argento et Lamberto Bava), 13 ans, dans le bois jouxtant leur maison. Une forêt de contes de fées, traversée de passages, de cours d’eau et de ruines, dont une cité endormie, dissimulée dans la « montagne bleue », que les deux tourtereaux protègent en secret.
Mais Fabrizio a les hormones qui bouillonnent et passe ses humeurs sur Laura, qui accepte tout par amour. Perdus dans une grotte de glace, Fabrizio en profite pour prendre la virginité de la jeune fille. Un jour, Sylvia, plus jeune encore que Laura, apparaît : une petite poupée blonde hautaine qui va se révéler aussi impitoyable que Fabrizio ; le garçon en tombe amoureux, et Laura subit encore et toujours.

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Où est le drame ? Sans aucun doute dans la représentation de la sexualité adolescente, délestée de toute pudeur, et certainement trop voyeuriste pour prétendre être naturelle. On se demande alors comment les très jeunes comédiens ont pu accepté et tourné des séquences pareilles (viol, dépucelage, humiliations, scène d’amour sur l’herbe), dont l’impudeur fait planer le spectre de la pédophilie. Racolage, naïveté ou perversité ? La réponse reste suspendue…

L’enchantement et la naïveté de l’incroyable musique de Pippo Caruso crée un décalage fascinant avec les scènes d’amours et de tortures juvéniles. Ce que le film réussit le mieux, en plus d’instaurer un climat irréel où les adultes sont aux abonnés absents, c’est de traiter sans fard la cruauté de l’adolescence et de l’enfance, bien réelle. Un âge où la gravité de l’acte passe derrière l’exploration des pulsions, et agit en miroir vénéneux du monde adulte.  Face au sadique amoureux et à la petite femme maléfique, Laura voit son passage à l’âge adulte fleurir dans la détresse, mais comprendra à ses dépends qu’elle n’est pas la plus faible. Dans la méchanceté ou dans l’amour, tout le monde souffre dans ce trio infernal. Derrière le scandale, Maladolescenza est assurément plus beau qu’il n’y paraît.

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