Wake in Fright (1971) Ted Kotchieff : Feel the Heat

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En 1971, deux faces de l’Australie se dévoilaient au cinéma : belle et sauvage, dans Walkabout, poème intimidant signé Nicolas Roeg, aride et cauchemardesque dans Wake in Fright qui, entre censure et mauvais coup du sort, finit par disparaître de la circulation. Comme beaucoup de films de cette période, il faudra attendre quelques décennies pour redécouvrir toute la folie intacte de cet objet incontrôlable et incontrôlé.

Bien qu’il ne s’agisse pas réellement d’un survival, Wake in Fright flirte avant l’heure avec cette mouvance de films ne faisant guère de cadeau à l’homme et à sa soi-disant civilisation : Délivrance, Les chiens de Paille, Massacre à la tronçonneuse, La dernière maison sur la gauche…. Dans les années 70, l’homme n’est plus beau à voir.

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Dans le long-métrage de Ted Kotchieff, futur mister Rambo, personne ne meurt (ou presque). Est-ce moins offensif pour autant ? Pas foncièrement…
Il y a déjà l’outback australien, dans ce qu’il a de plus vil, de plus infini et de plus angoissant : le panoramique de la première scène, tétanisant, nous plante là au milieu du nulle part. Soudain le vide.
Et puis il y a cette petite école dont les élèves partent. Ce sont les vacances de Noël. John Grant est instituteur : un homme charmant, civilisé, droit, élégant. Immaculé. Il part pour Sidney et doit d’abord passer par une petite ville, Yabba. Là-bas on boit beaucoup, on joue, on tue le temps dans le bruit. Une ville de passage pour l’homme tranquille, qui sera bientôt une prison.

OUTBACK; WAKE IN FRIGHT

Wake in fright a le sens de l’atmosphère, de l’immersion, mais dans ce qu’il y a de plus brutal : dès les premières scènes à Yabba, on étouffe dans les corps, dans la fumée, on a chaud. Même à voir en plein hiver, Wake in fright est le genre de film à vous faire transpirer comme un rien. On comprend vite que le protagoniste ne franchit pas une étape, mais va s’enfermer dans un songe kafkaïen (mâtiné salement de Bukowski), le genre où on vous parle sans vous écouter, où on vous trimbale sans sourciller dans un tumulte de moins en moins compréhensible. Et qu’est ce que ça mousse : la bière, partout, s’infiltre, dégorge, inonde. On comprends vite, dixit le personnage de Donald Pleasance, que l’eau ne sert ici qu’à se laver.

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Anxiogène en diable, Wake in fright amuse un temps puis malmène sans répit. Une véritable épopée alcoolique où l’homme devient l’ombre de lui-même : point culminant de cette gueule de bois sans fin, un massacre de kangourous filmé (hélas) sans trucages, dans une longue séquence éprouvante où les personnages masculins retrouvent leur réflexes primitifs, font éclater leur besoin de violence obscène. Très difficile à regarder, et sans aucun doute impossible à tourner aujourd’hui.

Derrière les rires gras, l’esthétique volontiers crasse, il y a aussi cet homo-érotisme bizarre (voulu ?) tendance Cruising avant l’heure, surprenant son héros dans sa nudité, le mêlant aux hommes dans des bouis-bouis où les torses transpirent et se dénudent, où les femmes sont reléguées au rang d’inutilités. Le comble revient alors au personnage de Donald Pleasance, dont on ne sait s’il est un ange ou un démon, et avec qui le héros mène une relation particulièrement ambiguë : en témoigne cette étrange nuit d’étreintes, dont on ne saura guère plus.

Infernal, solaire, radical : Wake in Fright c’est l’horreur humaine qui vous laisse la gorge sèche.

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