Beaucoup de bruit pour rien (1993) Kenneth Branagh : War of Love

Adapter la comédie éponyme de William Shakespeare n’a rien d’aussi ambitieux que de porter à l’écran Henry V ou Hamlet, du moins à première vue. Qu’à cela ne tienne à Kenneth Branagh, qui y trouve assez d’opulence pour y livrer une récréation exquise.

Sous le soleil de Sicile, une poignée de seigneurs mené par Don Pedro viennent fêter leur retour au coeur d’un petit village peuplé de figures chaleureuses. Toutes deux cousines, Béatrice la vierge cynique, et Hero, la jeune sainte-nitouche, font tourner bien des têtes : alors que la plus jeune (incarnée par une toute fraîche Kate Beckinsale) s’éprend de Don Claudio le naïf, Béatrice cache les sentiments qu’elle porte au railleur Benedict par des joutes verbales qui ne semblent jamais en finir. Las de ces intrigues frivoles et de ces sourires ardents, l’antipathique Don John (Keanu Reeves en mode chien méchant) décide de saccager la bonne humeur ambiante.

Branagh se joue des limites du théâtre en faisant resplendir la campagne italienne, en faisant valser ses comédiens d’un bout à l’autre du décor et en multipliant figurants sur figurants : à la fois épique et aérienne, la musique de Patrick Doyle accompagne à merveille un spectacle volontiers pompier (les ralentis lors du coup de foudre entre Benedict et Béatrice) mais exaltant sans cesse le coeur et l’esprit.

Et rien de plus logique qu’un bal masqué pour inaugurer ces jeux de l’amour et du hasard, amadoués par la farce (les apparitions de Michael Keaton, se croyant – hélas – encore dans Beetlejuice) et frôlant la tragédie, sans jamais l’atteindre. Tout le sel de cette coquetterie reste bien entendu son casting, possédé, amusé, transporté, dont on retient sans faille une Emma Thompson à la fois radieuse et libre, maîtresse du mot qui tue. On en ressort les yeux ravis et les oreilles enchantées.

Sigh no more, ladies, sigh no more.
Men were deceivers ever,
One foot in sea and one on shore,
To one thing constant never.
Then sigh not so, but let them go,
And be you blithe and bonny,
Converting all your sounds of woe
Into Hey nonny, nonny.

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