Velvet Goldmine (1998) Todd Haynes : Les Fantômes du Paradis

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« For once there was an unknown land, full of strange flowers and subtle perfumes. The land of which it is joy of all joys to dream. A land where all things are perfect, and poisonous »

Quand il retraçait la vie tumultueuse de la chanteuse Karen Carpenter par le biais de poupées Barbie, Todd Haynes avait déjà dit beaucoup de choses sur son cinéma, et surtout une : sa capacité à explorer des fêlures monstres derrière des rideaux bien fermés. Rideaux de la vie quotidienne (ses mélos façon Douglas Sirk ou le terrible Safe), rideaux de la scène (Mildred Pierce, I’m not there ou Superstar). De ce côté là, Velvet Goldmine est sans doute son film le plus pétaradant, le plus kitsch, le plus intenable. Pris en sandwich entre Priscilla folle du désert et Hedwig and the angry inch, le film ne pouvait pas trouver en réalité meilleur place.

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Velvet Goldmine c’est Bowie partout mais aussi Bowie nulle part. Contrairement à ses autres biopics (même si le terme pourrait paraître quelque peu réducteur), Haynes dépeint les années folles du glam rock en ne citant aucun nom connu (si ce n’est Little Richards, soit le grand provocateur qui était là avant les autres) mais en multipliant les subterfuges. Pour le peu qu’on connaisse l’univers, tout fait sens, tout le temps. Journaliste british blasé, Arthur est envoyé pour enquêter sur Brian Slade, chanteur adulé dans les 70’s mais disparu de la circulation après un show casse gueule : en se faisant tuer pour de faux, il a ainsi flingué sa carrière pour de vraie. Plutôt gêné de se lancer dans l’affaire, Arthur se retrouve à fouiner des souvenirs qui appartiennent autant aux autres (collaborateurs ou ex de la star) qu’à lui même (il était une groupie de premier ordre).

D’une structure louchant vers Citizen Kane, Haynes nous bombarde de flashbacks, scènes de concerts ou intimes, clips, reportages, jonglant entre des 80’s moroses et des réminiscences saturées des seventies et du swinging london. Tout cela dérivant vers un patchwork si kitsch qu’il semble surtout ressembler à un fantasme collectif, où l’ont fait l’amour dans les flammes ou sous une pluie de paillettes, où le strass dégouline aux quatre coins de l’écran.

maxwell

Brian Slade, l’ange caméléon qui crie sa bisexualité sur les toits, est une belle projection de David Bowie, transformant alors son Ziggy Stardust en Maxwell Demon. Autour de lui, Mandy fera office de Angie, et le personnage de Curt Wild télescope à la fois Lou Reed, Iggy Pop et Mick Jagger. Dans ce fracas de décadence sexuelle et de guirlandes, Jonathan Rhys-Meyer, Ewan McGregor et Christian Bale y apparaissent totalement androgynes, épanouis, transfigurés. Tellement, que ce sera sans doute la première et la dernière fois pour eux.

Le travail de reconstitution, énorme et savoureux, où s’accumule les looks extravagants et les pochettes de disque ne joue pas la carte de l’ambiguïté : on s’y retrouve totalement. Et même si aucune chanson de Bowie ne passe la frontière (même celle du titre), des chansons de Lou Reed ou T-Rex, et même une apparition de Placebo, viennent entretenir le lien avec ce qui n’est plus de l’ordre de la fiction : quant aux chansons inventées, elles forcent un travail de mimétisme (mais jamais de plagiat) tout à fait troublant. Les nombreux excès de styles et la mise en scène baroque évoquent parfois ce que Ken Russell faisait de mieux dans les 70’s (en particulier le clip de The ballad of Maxwell Demon), grand spécialiste du film musical psyché et du biopic fiévreux.

Velvet GoldmineVelvet Goldmine

À travers les passions, la gloire et les transformations, Haynes ne se contente pas d’un simple « rise and fall » clignotant : ce qu’il souligne admirablement, c’est que le glam-rock était la preuve absolue que les 70’s était une folie, une machine à rêves et à transgressions, nous rappelant que les légendes et l’aura des stars importent parfois plus que tout. C’était le pouvoir de la musique et de ses icônes, capable d’exprimer une libération contagieuse aussi bien pour les artistes que leur public (l’image de l’ado reclus voyant ses pulsions et ses envies se révéler). Quant à ce dandysme rock, il fait de ses silhouettes transgenre une descendance assurée d’Oscar Wilde (qui viendrait en réalité…de l’espace !), hantant quasiment tous les dialogues et symbolisé par un mystérieux bijou que l’on se passe de main en main.

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