Vampire Vous Avez Dit Vampire ? (1985) Tom Holland : Show Me Your Teeth

Encore du vampire me direz-vous : il faut s’y faire, voilà depuis quelques années que les morts qui mordent ont repris du service, fort généreusement aidés par une toute une génération gothique/emo et de lectrices de Twilight. Or, il ne sera pas question ici du Fright Night revu au goût du jour, que votre serviteur a préféré éviter délibérément. Une perspective de remake peu séduisante, non seulement parce que l’original tire sa force de sa fibre nostalgique, mais aussi à cause des choix plus que curieux (un Colin Farrel glabre en guise de vampires, une conversion 3D…). Il faut déjà savoir survivre à cette nouvelle vague de canines acérées, encore faut-il également trier les produits novateurs (le fameux Morse, à tout hasard) des projets réchauffés.

Le vampire était également revenu à la mode durant les 80’s, bien lancé par le film de Tom Holland, qui s’approprie ici toute une imagerie surannée du teen movie eighties pour la croiser avec des débordements gothiques hérités de la Hammer. On jongle donc entre l’envie de livrer un produit branché (pour l’époque) et respectueux : mais Holland n’est pas le Polanski du Bal des Vampires, simplement un honnête faiseur remplissant tranquillement le cahier des charges. Confrontant un ado gavé aux émissions d’horreur (mais quand même incapable de savoir dans un premier temps comment tuer un vampire) à son nouveau voisin aux dents longues, Fright Night affiche quelques scories remettant quelque peu en cause son statut culte : si l’humour n’est jamais envahissant, c’est que le film est rarement drôle, voire en réalité pas du tout. Les apparitions du sidekick hystérique (aussi bien avant que après transformation) ou la bêtise du personnage principal n’aidant pas, on peine à se raccrocher au personnage (pourtant cocasse) de Peter Vincent (Peter Cushing + Vincent Price, you know what I mean ?), faux chasseur de vampire mais vrai froussard. Vouloir faire son Fearless Vampire Killers dans les 80’s n’est donc pas si aisé…

Ses menus défauts font qu’on pourra sans doute lui préférer son versant californien et frimeur Génération Perdue, en réalité beaucoup plus drôle pour le coup. Mais Fright Night a malgré tout, des qualités bien à lui : plus que les héros s’égosillant d’un bout à l’autre de la pellicule, la relation trouble entre Amy et le vampire mangeur de pommes Jerry Dansdrige donne lieu à quelques scènes à l’érotisme prudent mais vénéneux, en particulier une kitchissime scène de danse et une vraie belle scène de morsure, se superposant peu discrètement à l’image d’une première fois. Mais la sensualité est là, avec en prime un score obsédant de Brad Fiedel.

Tom Holland sait aussi mettre agréablement en valeur la nuit, entre ces maisonnettes balayées par le vent et ses ruelles sombres striées de fumées bleuâtres. Quant aux très nombreux fx, ils témoignent d’un savoir faire toujours aussi béton (la dé-transformation du loup-garou ou les désintégrations en particulier).

On ne ratera pas non plus tout l’aspect gay friendly de l’aventure, du casting évocateur (outre Roddy McDowall, Amanda Bearse – la Marcia de Mariés Deux Enfants – fera son coming out quelques années plus tard, et Stephen Geoffrey deviendra acteur porno gay) jusqu’aux allusions diverses (un ado vivant seul avec sa mère qu’on balance dans un placard, le « compagnon » du vampire, ou la relation entre Evil Ed et celui-ci, dont une scène de morsure au sous-texte plus qu’évident).
Au delà des années et de ses quelques défauts, la sympathie l’emporte. On ne pourra pas en dire autant de sa suite…

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