Harold & Maude (1971) Hal Ashby : Un Pied Dans la Tombe

 » Mais je n’ai plus à me défendre, désormais j’embrasse « 

 A l’occasion de la sortie de Restless, retour sur ce petit film culte dont Gus Van Sant a repris librement les bases, cousins de pellicule à travers le temps et les modes.

Il faut avouer qu’encore de nos jours, le film d’Hal Ashby frappe par son ton singulier et frivole, chevauchant les thèmes les plus graves avec un regard dès plus insolite. Les premières minutes sont un modèle du genre : alors que la folk de Cat Stevens (qui donnait un an auparavant toutes les couleurs d’une autre fable amère de son époque : Deep End) se déchaîne, une silhouette prépare méticuleusement sa pendaison dans un salon bourgeois. Silence de mort : la mère du suicidé entre dans la pièce, converse au téléphone, avant de demander gentiment au maccabé de se montrer un peu plus vif durant la réception prévue…

Tout cela fait en réalité parti d’une série de saynètes surréalistes, à la fois violentes et absurdes, quasiment annexes à la trame principale, où le héros du film se suicide de toutes les manières possibles. Un bien curieux mélange d’occupation, de geste anarchique et de farce orchestrée dans le but de faire fuir une cohorte d’insupportables prétendantes et de déranger la bourgeoise.
Quand il ne se fait pas sauter le caisson, le jeune Harold erre dans les enterrements, incapable de sortir de ce cercueil social. Il est un fantôme parmi les vivants, tant physiquement que mentalement.
Et puis un jour, au milieu des parapluies noirs, il y a celui, jaune canari, d’une vieille dame qui semble s’accommoder du même passe-temps que le jeune homme. Là où Harold porte durablement le sceau de la vie, mais lui préfère celui de la mort, Maude transforme ce qui l’entoure en terrain de jeu. La nature, les arts, le beau, le laid, les souvenirs et les odeurs : les passions se confondent, dans un monde qui ne se soucie plus de rien, sinon de la vie.
Ce qui sera une simple histoire d’amitié deviendra vite, une histoire d’amour…

Curieusement, Harold & Maude accuse moins son âge dans son propos que dans sa mise en scène, victime parfois de redondance (les scènes de suicide, dont un hara-kiri interminable) ou de longueurs (le face à face avec le policier, la folie meurtrière simulée d’Harold). Espérons aussi qu’un autre support rende davantage justice à la photographie naturelle et automnale du long-métrage que l’horrible dvd de Paramount.

Passé cela, Ashby confronte à merveille l’omniprésence de la mort (ce paysage de tombes qu’on croirait infini) et la célébration de la vie : le grain de folie de l’adorable Ruth Gordon (beaucoup plus rassurante que dans Rosemary’s Baby) est le moteur et le coeur de cette idylle hors-normes, qui paraîtra (encore) impossible voire choquante aux yeux de certains. La morale de Maude, distillée au détour de gestes, d’une pelletée d’histoires, d’inventions ou de chanson, virevolte dans une cohorte de répliques formidables, d’intentions radieuses et d’idées folles. L’attention du spectateur se posera alors sur une simple détail, un plan aussi troublant que bref, délivrant toutes les clefs d’un personnage qu’on oublie pas.

Il y a bien évidemment du flower power dans cette ode à la liberté, dans cette affranchissement (léger) des règles et de la bienséance : tout comme Harold on suit, avec la plus grande des surprises, les pérégrinations de la vieille Maude. Et tout comme lui, on ne pourra que repartir du bon pied, banjo ou pas…


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