The Woman (2010) Lucky McKee : Sexe Faible

Tout désigné comme l’un des nouveaux prodigues du cinéma d’horreur avec son incroyable May, Lucky Mckee n’a cependant pas eu la chance de renouveler une expérience identique au cours de sa carrière : alors que The Woods se verra sévèrement remonter, il ne réalisera qu’une partie de Red, premier contact entre Mckee et l’univers de l’écrivain Jack Ketchum.

Stigmatisant le cauchemar américain, le décorum de Ketchum ressemble à s’y méprendre à du King dépouillé de tous oripeaux surnaturels, dévoilant l’horreur humaine dans les caves et les forêts de patelins à priori banals. Marchant sur les plates-bandes de La colline a des yeux, son Morte Saison se verra pitoyablement adapter sous le titre de Offpsring, sombre série Z alignant les effets gores les plus racoleurs qui soient tout en décrivant les moeurs d’un tribu de sauvages attaquant les habitants d’une bourgade isolée.
The Woman se pose en séquelle directe (mais discrète) de ce périple sanglant, suivant la trace de la dernière survivante du groupuscule. Capturée et séquestrée, celle-ci est surveillée de près par une famille qui entend bien la civiliser (du moins, surtout le pater) pour lui rendre son humanité. Mais qui sont les sauvages dans cette affaire ?

McKee nous rappelle ici à quel point le cinéma d’horreur cristallise la part sombre de l’homme : on est déjà triste au fait de penser que le film sera sans doute vendu comme un torture porn alors qu’il bouscule bel et bien le sous-genre auquel il semble s’adonner…de la même manière que le brillant The girl next door, autre adaptation de Ketchum posant également son dévolu sur une affaire sordide de séquestration. Le portrait de famille, glaçant, nous ramène à une american way in life pourrissante, où la mère de famille se tait derrière les fourneaux pour laisser parler le patriarche. La bonhomie vicieuse et apparente du père prend une ampleur de plus en plus désastreuse au fil du récit, dont les points d’implosions semblent se glisser dans chaque coin de l’écran, dans chaque partie infime des personnages.

Avec le même faux détachement perçu dans May, McKee découpe ses séquences en clips, dans une sorte de leitmotiv rock et obsédant. Sans prendre de gants, The Woman nous décrit des relations hommes/femmes apocalyptiques, renvoyant à un sexisme sauvage encore bel et bien tenace dans les esprits : la femme sauvage, à la sexualité indomptée et aux instincts incisifs, devient la flamme devant la mèche. Et quand ça explose, la caméra vrombit et tourbillonne, dans un malstrom d’horreur moins subtile que celui de May (ça va même très loin en matière de gore, quitte à frôler le Z) mais réellement terrassant. C’est ce qui s’appelle une claque.

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