Goodnight Mommy (2014) Veronika Franz & Severin Fila : File dans ta chambre

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Une exploitation minimale (une seule salle sur Paris !), une affiche hors de propos (Shining et Le village des damnés ? Mauvaise pioche…), une promo absente : Goodnight Mommy n’a eu droit à aucune chance en dehors des festivals. Car de ce côté là, on peut dire que la tournée fut mirobolante : prix du jury à Gerardmer, grand prix aux Hallucinations collectives, corbeau d’argent au BIFF, Méliès d’argent à Sitges…une razzia qui met l’eau à la bouche, et la peur au ventre. Il est clair qu’après It Follows, Goodnight Mommy a été désigné comme la nouvelle sensation du cinéma d’horreur, qui continue alors de vivre une dégringolade organisée (l’invasion Blumhouse continue par exemple sa progression dans les salles et touche maintenant le marché de la vidéo).

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On ne saurait mentir : Goodnight Mommy est bel et bien un bon film d’horreur. Mais il ne forme pas un renouveau attendu, et sur ce point, surprend bien moins que son comparse It Follows. En réalité, il rejoint plutôt le rang des titres singuliers, bien qu’inégaux, qui se dispersent (hélas) souvent en VOD, comme Der Samurai ou Starry Eyes. Des films là valent très largement le coup d’oeil, aussi fragiles soient-ils…

Réalisé à quatre mains, Goodnight Mommy commence sur de bien belles bases esthétiques : un refus catégorique du numérique et un scope éclatant. Intrigue et décors épurés, nombre réduit de personnages mais filmage élégant : il faut peu de temps pour que le film trouve ses marques, impose une atmosphère et gère admirablement son petit budget. À l’ombre des arbres, près d’un lac ou dans un champ de maïs, deux jumeaux, Lukas et Elias, goûtent à l’été : en une scène, les deux réalisateurs montrent déjà comment l’enfance métamorphose le monde en terrain de jeu, de merveille ou de terreur. Mais les bonnes choses ont une fin…

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D’abord seuls dans leur villa, construite dans un coin de campagne isolé, les deux garçons voient leur mère revenir au bercail, le visage couvert de bandelettes après une opération importante. Mais la jeune femme peine à garder son calme et se montre agressive, à la grande surprise de ses enfants. Dans cette cage blanche transparente, où on entend quasiment tout, mais où on ne comprends pas grand-chose, les deux enfants vont commencer à instaurer un vrai rapport de force avec leur mère. Du moins s’il s’agit bien d’elle…

Assistante de Ulrich Seidl, parrain du film auquel on doit quelques bons morceaux de ciné sulfureux made in Autriche, Veronika Franz s’éloigne volontiers de la verve documentaire de son camarade, mais en garde volontiers le goût du grotesque (la scène du village ou l’apparition impromptu de deux bénévoles de la croix rouge au beau milieu d’une scène parfaitement malaisante).

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Son climat champêtre à la Malick se mêle à des relents gothiques et expressionnistes discrets (l’ossuaire, l’omniprésence des tombes et des croix) jusqu’à une horreur clinique déstabilisante à souhait (mais jamais gratuite). L’escalade vers un climax de torture fonctionne certes à plein régime (avec une utilisation parfaitement traumatisante de la super glue…), mais il n’est pas interdit d’attendre autre chose du cinéma d’horreur contemporain… Sauf qu’en réalité, ce n’est pas là que le bas blesse, puisque les agissements des deux enfants dictent un fond émouvant : ce qui gâche la fête, c’est plutôt l’utilisation d’un motif galvaudé (dont on ne révélera rien) du cinéma fantastique en guise de semi-twist. Malgré toute leur bonne foi, on se demande comment Franz et son comparse Severin Fila, ont pu imaginé qu’une telle idée puisse passer comme une lettre à la poste de nos jours…

Du coup, la force du métrage en pâtit quelque peu, mais l’on ne peut décidément pas ignorer sa cruauté sidérante et ses images inconfortables (un store baissé au milieu de la nuit, des cancrelats énormes qui grouillent de partout…). Goodnight Mommy ça pique un peu, ça gratte, et quitte à être un peu maso, on aime bien quand même.

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