Le Skylab (2010) Julie Delpy : La Ballade des Gens Heureux

L’escapade inattendue vers un cinéma gothique à la fois sanglant et romantique avec La comtesse, prouvait à quel point Julie Delpy n’avait pas fini de nous surprendre. Devenue ici et là le cliché de la française type en s’exportant du cinéma d’auteur hexagonal jusqu’aux sirènes d’Hollywood, elle revient à la comédie après 2 days in Paris (dont elle prépare apparemment la suite) dans un exercice de style à la fois franchouillard et rafraîchissant : la comédie de moeurs à échelle familiale. A cet exercice, citons des titres fabuleux tels que Cousins Cousines, Hôtel de la plage ou Les maris, les femmes, les amants. Jamais sophistiqués, simples, francs, nostalgiques : l’essentiel à porté de mains.

Rien de surprenant à ce que Delpy situe alors l’action durant l’été 79, conclusion d’une décennie mais aussi raccrochage discret au film de Lang (réalisé un an avant, et partageant également la Bretagne comme toile de fond), lui empruntant même un gag, ici débarrassé de son cynisme (la grand-mère qu’on oublie sous la pluie battante !). Abandonnant une structure scénaristique élaborée, Le skylab laisse l’air de la campagne se diluer, fait remplir les verres et les âmes : le tout n’est qu’une succession de sketches, explorant les différentes figures s’agitant devant la caméra. Rien de péjoratif devant ce schéma en somme tout simple, puisqu’il retrouve la simplicité des titres sus-cités. Il faut faire appel à ses propres souvenirs et au goût du détail croustillant pour s’immerger avec bonheur dans cette réunion familiale.

Séparée de sa famille durant un trajet en train, Albertine se souvient d’un été, celui de ses onze ans, celui où toute la famille vient se réunir à l’occasion de l’anniversaire de grand-mère, celui où un satellite était à deux doigts de tomber sur la Bretagne. Il est impossible de ne pas retrouver des silhouettes déjà envisagées au détour de son propre vécu dans cette grande marmelade : macho extrémiste, tante gironde, petite peste, cousin farceur, oncle un peu zinzin, épouse psycho-rigide, gauchistes post-soixanhuitards, mamie sourdingue, tata sympa…

Tout cela rondement mené par des têtes forcément connues sans tomber dans le piège du revival has-been ou de la pub de star: tout le monde, vieux (Riva et Laffont : savoureuses) ou jeunes, petits ou grands forment une formidable sarabande. Ce qui forme les riens du quotidien familial devient alors de grands moments : débat politique enflammé, baignade à la mer, surboom, histoire sous la tente, concours de chansons bien arrosé, premier slow…le tout avec un naturel désarmant, malgré quelques longueurs. Dans son infinie bonté, Delpy essaye de ne laisser quasiment aucun personnage au hasard, fascinée et amusée par un exercice sans aucun doute auto-biographique.

A contrario des comédies de moeurs bien ancrées dans leur époque, la réalisatrice s’autorise un regard tout en contraste vis à vis de notre décennie, discret mais drolatique : voir le débat culturel autour du cinéma et de la musique, ou encore la présentation de l’aspirateur-pouf. C’est aussi un regard sur une France plus gouailleuse, plus vivante, blessée aussi : les souvenirs de guerre des uns et des autres soulignent des cicatrices encore mal fermées. Et même si le message de sa conclusion semble un tantinet confus (éloge de la famille ? passéisme ? changement de mentalités ?), il succède à un plaisir infini, et à une des meilleures comédies hexagonales vu depuis longtemps !

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