Flavia la Défroquée (1974) Gianfranco Mingozzi : Prison de Chair

Aux côtés de titres évocateurs tels que Le Couvent de la Bête Sacrée, Les Diables, ou Intérieur d’un couvent, Flavia la Défroquée représente très dignement la quintessence du nunsploitation, sous genre du cinéma d’exploitation (mais pas que…) s’amusant à tirer les cornettes des bonnes soeurs. La confrontation du sacré et du pêché laisse libre cours à l’imaginations des scénaristes, dans un catalogue de perversions qui laissent encore rêveurs de nos jours…

Sous couverts de piquer les rétines les plus sensibles et les âmes les plus fragiles (ou les plus croyantes), le film du mystérieux Gianfranco Mingozzi (n’ayant signé qu’une poignée de films érotiques et documentaires) cache de beaux atouts comme beaucoup de films bis de son époque : un serieux penchant épique (servi par un contexte historique fort, mais également rare) et un féminisme rageur, teintée de cruauté, qui n’a pas à rougir face à celui de la saga des Sasori.
Au 13ème siècle en Italie, la petite Flavia fait les doux yeux à un guerrier musulman agonisant. Témoin de la scène, son père s’empresse d’arracher la tête du soldat, puis enferme sa progéniture dans un couvent. Devenue femme, Flavia est révoltée par le traitement asséné aux femmes, bout de chair qu’on torture et qu’on viole à tours de bras. Elle profite alors d’un débarquement de soldats musulmans pour se venger, et régler aussi bien ses envies de liberté que ses fantasmes de jeune fille…

La grande réussite de Flavia la Défroquée, c’est de ne jamais délaisser ses élans sulfureux voire tous simplement trash (cheval castré, décapitations, moine empalé, viol homosexuel, téton cramé puis découpé…) et encore moins son portrait de femme : à fleur de peau, tour à tour rayonnante et combative, Florinda Bolkan (face à une Maria Caseres démente) devient une sorte de Jeanne d’Arc sexuée sans les voix, autant obnubilée par sa soif de revanche sur le sexe fort que les élans du coeur. Au milieu des scènes de carnage et de tortures, Mingozzi révèle une vraie sensibilité et un lyrisme solaire (incroyable musique de Nicolas Piovani) : dans un plan séquence superbe, toutes les années au couvent défilent sous les yeux du spectateur, laissant et retrouvant Flavia dans le même état d’esprit.

Le regard sur la condition féminine ne manque ni de violence, ni de pertinence pour un sous-genre censé courtiser les bas instincts du spectateur mâle. Le trouble de la chair (contribué par un Anthony Higgins méconnaissable, flatté de manière quasi-indécente par la caméra) ira même se traduire lors d’une scène d’hallucination mêlant crucifixion, résurrection et sexe orgiaque, moment de surréalisme comme seules les 70’s pouvaient nous en offrir. Une certaine idée d’un cinéma encore sauvage. Sauvage, et diablement beau.

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