Le Grand Frisson (Part II) : 10 Clips pour une douce nuit…

* Lullaby – The Cure (1989) Tim Pope : Tim Pope a toujours le « truc » pour rendre les clips de The Cure si infiniment, si discrètement dérangeant. Comme d’affreux rêves, comme d’incroyables cauchemars qui nous trottent dans la tête. Le summum du frisson indicible est atteint au détour du clip Lullaby, comptine érotique et malsaine chapeautant ici les nuits agitées de Robert Smith, cloué au lit. La profusion de spectres et de toiles d’araignées pourra bien paraître tocs, les détails inconvenants (apparition grimaçante au plafond ou derrière un rideau, une mygale, une fenêtre donnant sur une rue obscure…) mettent encore et toujours mal à l’aise.

* Somebody’s Watching Me – Rockwell (1984) Joe Delia : Il est à peine surprenant de retrouver le créateur des somptueux et timbrés Cafe Flesh et Nightdreams aux commandes de cette illustration d’une chanson pop aux accents menaçants. Alors qu’en boîte, on laisse de côté la dimension parano du titre (dont les choeurs sont assurés par Michael Jackson), à la téloche, on s’interroge face à ce déluge d’images un peu cheaps mais réellement inquiétantes, car ne rappelant rien de vraiment connu. En fait la texture de l’ensemble est si étrange, qu’elle ne peut renvoyer qu’à nos propres cauchemars, par l’intrusion d’objets (animaux empaillés/vivant, douche de sang, image subliminale) et de personnages si subite, qu’elle ne peut se révéler qu’effrayante. Rockwell aurait donc pondu le premier tube aussi flippant que dansant…

* Scream – Misfits (1999) George A.Romero : Réalisé à l’époque de Bruiser, cette récréation zombiesque datait pourtant bien avant le retour officiel de Romero en terre des morts. Le résultat – montrant des zombies foutant le boxon dans un hôpital, – est diablement efficace, malgré sa faible durée (moins de trois minutes). 

* The Perfect Drug – Nine Inch Nails (1997) Mark Romanek : Loin de l’univers crasseux qui ont fait leur renommée, Nine Inch Nails vont chercher plutôt du côté des peintres décadents et de la démesure baudeleirienne pour cet essai plastique électrisant. Une collection de tableaux stupéfiants, où toute la violence se déverse davantage musicalement que visuellement. Et Dieu que c’est beau…


* Ghosts – Michael Jackson (1997) Stan Winston : Balancer ce cher Thriller pour la énième fois aurait été de toute évidence…trop évident même. On a occulté par contre plus sévèrement son grand frère Ghost, souvent rediffusé sous la forme d’un best-of en raison de son format trop important (quarante minutes !!). Réalisé par le grand Stan Winston, et épaulé par Mick Garris et Stephen King (rien que ça !), Ghosts est encore un projet mégalo à la hauteur des délires fantasmagoriques de MJ, endossant ici le costume d’un sorcier fantomatique traqué par une horde de parents furieux (et défendu par les enfants). On se passera de toutes explications…
Foire aux fantômes, aussi flippant et beau que Thriller l’était en son temps, mais plus ambitieux (on est pas loin d’une adaptation officieuse de l’attraction Haunted Manor de DisneyLand), avec un Michael Jackson toujours aussi friand de choré démentes et de transformations cauchemardesques (merci Rick Backer). Un sommet.


* Stinkfist – Tool (1996) Adam Jones : ce n’est plus un secret, les clips de Tool foutent les boules. Images crasseuses, blafardes, figures torturées…Ce Stinkfist ne déroge pas à la règle, avec cette troupe de créatures humanoïdes, entre l’écorché vif et le pantin de sable, qui se mutilent et se métamorphosent à loisir. On ne peut s’empêcher alors de penser à l’imagerie du cyber-punk à la nippone ou à Clive Barker.

* Je te rends ton amour – Mylene Farmer (1999) François Hanss : Alors que son album Innamoramento se tourne vers un style épuré voire carrément « zen », le single Je te rends ton amour semble être l’ultime hommage de l’ange roux à une époque désormais révolue, citant explicitement l’univers de la poésie décadente et de la littérature gothique. Frère de sang d’un Beyond my Control tout aussi sulfureux, cette messe noire organisée en pleine église se verra bien entendu tronquée à la télé, se pressant d’occire le calvaire érotique et sanglant d’une jeune aveugle dans les bras de Satan. En matière de clip, cette escapade satanique sera sans doute le vrai dernier coup d’éclat de la jeune femme…

* Rubber Johnny – Aphex Twin (2005) Chris Cunningham : une nouvelle alliance traumatisante entre le terrible Aphex Twin et l’incontrôlable Chris Cunningham, dont les visions grimaçantes ont su traumatiser toute une génération de téléspectateurs. Toujours plus dérangeant et opaque, cette virée dans la chambre d’une créature hydrocéphale, difforme et droguée, donne envie d’allumer fissa toutes les lumières !


* Une Nuit sur le Mont Chauve – Modeste Moussorgski (1940) Wilfred Jackson & Walt Disney : Parce que Fantasia est un vidéo-clip géant (harmonie de l’image et du son ; anyone ?), il semblait logique d’y inclure son apothéose : une tempête démoniaque célébrant la Nuit de Walpurgis sans se sourciller si les gosses vont s’enfuir de la salle en hurlant ou pas. Une audace qui nous fait encore rêver…
Du haut de sa montagne, le démon Chernobog extirpe les morts de leurs tombes et déchaîne les enfers, alors prêts à déferler sur la terre : furie gothique, beauté du mal, capharnaüm infernal ; on n’aurait jamais penser cela de Disney, sexualisant ses monstres (gros plan furtif sur les seins des harpies !!) à l’inverse des mignons centaures croisés plus tôt dans le long métrage. Si tout cela se conclut par un Ave Maria figé jusqu’au dents, on reste encore émerveillé, vision après vision, de ce sabbat de folie, dont le morceau choisi sera à jamais imprégné.

* From The Cradle to Enslave – Cradle of Filth (1999) Alex Chandon : Le métal s’étant approprié toute l’imagerie du cinéma gore et de la culture gothique, le résultat côté clip ne se fait pas attendre : les exemples sont légions. Mais on touchera le plus représentatif avec ce From the Cradle to Enslave mêlant une représentation scénique dans une église démoniaque et des scènes tournées en vidéo qu’on croirait arraché d’un bon vieux titre du catalogue Uncut Movies : des seins, des tripes, des geysers généreux, des bains de sang… Ce n’est pas la finesse qui fait défaut à ce catalogue d’horreur ; c’est bien ce qu’on lui demandait, après tout.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.