Shock Treatment (1981) Jim Sharman : Trust Me, I’m a Doctor !

Avec une carrière plus discrète que le culte autour de son film-clef The Rocky Horror Picture Show, on ne peut pas dire que Jim Sharman soit un homme particulièrement prolifique. Après un retour en Australie natale et deux films aussi étranges qu’invisibles, la Fox lui donne à nouveau carte blanche pour une comédie musicale, en réalité une séquelle plus ou moins évidente de RHPS.  Inédit (curieusement) en France, ce deuxième opus finira par rejoindre de nombreux films musicaux de son époque dans le panier des grands recalés : The Apple, Xanadu, Can’t Stop the Music, Sgt Pepper’s Lonely Heats Club Band, ou pour parler encore de suite, les fameux Grease 2 et Staying Alive. Mais comme on dit : là où y’a de la gêne, y’a du plaisir…

Il faut évidemment se préparer à être indulgent envers de nombreux détails : Shock Treatment n’est pas une suite directe à RHPS et se pose plutôt en en spin-off, ne développant que très vaguement l’univers proposé dans le premier film. Ainsi, les pancartes Denton – visibles dans le cimetière lors de Damn It Janet – vantent les mérites d’une ville mutante ayant fusionnée avec un plateau de télévision, sphère du bonheur souriant à s’en casser les dents. Toujours aussi ahuri et BCBG, Brad et Janet ne font aucunement référence à leur aventure précédente : il y a donc possibilité de voir donc le film comme un récit alternatif, ou plutôt comme une séquelle intervenant beaucoup plus tard. Les caractères des deux personnages, peu aidés par le changement de casting, sont littéralement opposés à ceux du premier film : Brad est un légume, alors que Janet prend le pas par sa curiosité et ses désirs.


Si l’horripilant Cliff de Young gâche (doublement, puisque ayant deux rôles à sa charge) toutes ses apparitions, Jessica Harper est une Janet fougueuse, moins midinette et coquine que Sarandon. Sa présence crée un pont à la fois logique et surprenant avec Phantom of the Paradise, souvent comparé à RHPS pour son mariage d’excentricités, d’horreur et de rock. Ce n’est pas plus mal…
Un peu plus loin, Richard O’Brien, Patricia Quinn, Charles Gray et Little Nell reprennent du service, plutôt en forme : ils y croient, c’est l’essentiel.

A l’ambiance chaleureuse du château de Franky, où le stupre était roi, Jim Sharman préfère une esthétique à la fois kitch et clinique, qui accuse un peu plus son âge. Le propos en revanche, ne manque pas de mordant : subissant un traitement de choc dans les locaux de Denton, Brad et Janet se retrouvent coursés par une armada de savants et de présentateurs mesquins, censé délivrer le bonheur avec un grand B. La télé-réalité, le show-business et la société de consommation en prennent pour leur grade : après la libération sexuelle que prônait RHPS, pourquoi pas ?

Les efforts de Sharman ne sont pas à remettre en cause : la motivation ne manque pas ; la caméra, mobile à souhait, lèche les murs de Denton à travers quelques plans séquences bien sentis. Seulement, l’âme n’y est plus : Shock Treatment est long et surtout plus sinistre que son aîné, le cauchemar érotisant cédant sa place à une satire sans grande efficacité sur les zygomatiques. Pourtant, ce sont bien les numéros musicaux – ou du moins une bonne partie – qui sauvent l’ensemble : le rock narcissique et sauvage de Janet (Me of Me), une scène onirique rougeoyante (Looking for Trade), une ouverture pétaradante (Denton U.S.A), une superbe berceuse filmée comme  un DePalma (Lullaby)…au final, c’est bien Richard O’Brien qui sauve cette entreprise, soignée mais paradoxalement malade.

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