Histoire d’O (1975) & Bilitis (1976) : Au pays de l’Eros-Soft

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Pour se plonger dans ce bain voluptueux (mais un peu tiède), il faut se remémorer une époque aujourd’hui quasi-impensable où Emmanuelle emportait tout sur son passage au box-office français. Un train de retard, quand on voyait le phénomène médiatique que provoquait le plus transgressif Gorge Profonde aux States, certes, mais un joli pied de nez à la censure toute puissante. C’est alors l’explosion du cinéma Hard bien entendu, mais aussi la venu du Soft chic, porté aux nues par Just Jaeckin et David Hamilton, deux photographes à l’origine. Un courant sur lequel on porte aujourd’hui un regard aussi moqueur que nostalgique. Vérification.

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Engendré juste après le succès d’Emmanuelle, Histoire d’O adapte à son tour un ouvrage à scandale des années 50, aux thématiques cependant plus épineuses : de divagations coquines, l’on passe aux déboires sado-masochistes de O, femme objet se livrant aux plaisirs de la souffrance par amour pour deux hommes.

Tout est mise en oeuvre pour livrer un grand livres d’images soignées, très (trop) écrit (merci Sebastien Japrisot), lyrique et sadique. A l’arrivée, on sourit plus qu’on ne bande : on ne compte plus les humiliations (légères), les flagellations (molles) et les allers-retour d’un point à un autre par une Corinne Clery aussi jolie que mauvaise actrice. Malgré les nombreux délires sadiens déployés, toute l’obscénité et la fureur du sujet semble s’évanouir instantanément à l’écran : ce n’est pourtant pas faute d’essayer, entre deux jolis cadrages et les envolées musicales de Pierre Bachelet. Le SM chic devient ici inoffensif, les jeux de soumissions et de possessions fadasses. Sensitif et puissant, à la fois d’une délicatesse infinie et d’une grande violence, le roman de Pauline Réage s’est définitivement perdu en route.

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Que David Hamilton ait quitté le monde de la photographie pour rejoindre celui du cinéma n’a rien d’étonnant ; son imagerie naïve et équivoque (fascination pour des créatures à peine majeures) rejoint quelque peu le mouvements teensploitation du cinéma italien (comme l’effarant et hallucinant Jeux interdits de l’adolescence), mais sans la crudité. Hamilton c’est le nom synonyme de flou artistique par excellence, de photographies vintages et vaselinées comme il se doit, comme pour mieux s’adapter au monde des souvenirs chafouins et embués. Ringard donc, mais s’épousant parfaitement au moule de l’érotisme soft.

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Moins de prétention et plus de charme pour Bilitis (référence aux poèmes lesbiens de Pierre Louÿs) ; le générique même se suffirait à lui même   les photographies d’Hamilton servant à illustrer les souvenirs d’une jeune fille (la fadasse Patty d’Arbanville), songeuse, sagement posée sur son lit. La musique de Francis Lai, elle aussi désuète à en mourir, nous plonge curieusement dans le même état de nostalgie surannée : un mélange de parfums évoquant aussi bien la chambre de grand-maman que les été fleuris entre cousins/cousines. Comme quoi, ça fonctionne…un peu.
Le reste se suit d’un oeil distrait et peu concerné : la petite Bilitis quitte son pensionnat (où on se tripote sous les couvertures bien entendu) pour séjourner chez un couple dont la dame va lui faire tourner la tête. Quelques années avant le délicieusement racoleur L’année des Méduses, Bernard Giraudeau y fait déjà ses armes de séducteur estival.
La suite confirme le mépris d’Hamilton pour son histoire (qui semble inachevée), uniquement hypnotisé par les formes plates de ses héroïnes. Là encore, tout le feu de l’acte passe à la moulinette, et prend la poussière. C’est mignon mais loupé. Le tout écrit par une Catherine Breillat qu’on a connu moins niaise…

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Le filon juteux permit de faire tenir un temps les deux hommes en haut de l’affiche  : Madame Claude, L’amant de Lady Chatterley et Gwendoline pour l’un, Tendres Cousines, Premiers Désirs et Laura pour l’autre. Les années 80 furent un rempart redoutable : la recette usée révélait que tout ceci n’était fatalement qu’effet de mode. Dans la même case, les rouleaux compresseurs que représentaient Walerian Borowczyk et Tinto Brass confirmaient qu’une vraie alchimie était nécessaire pour illustrer les plaisirs charnels.

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