Lost River (2014) Ryan Gosling : Fire Walks With Me

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Incarner un prince charmant ensanglanté dans Drive n’a visiblement pas suffit à Ryan Gosling pour distordre son image de playboy jalousé. Alors il va crier sa bizarrerie, ses fantasmes, ses fantômes dans un petit film baroque, qui se fait renvoyer ad patres au festival de Cannes. Sa sortie traînera, le film sera remonté (mais que s’est t-il passé exactement d’ailleurs ?), change de titre (adieu How to catch a monster), et voit sa diffusion aux states uniquement réservée à la VOD : en France, on tente alors de le sortir avant la prochaine édition du festival de Cannes, façon méthode patate chaude. L’hybridité revendiquée du film ne facilite guère la promotion : il faudra le vendre sur le nom de son acteur/réalisateur (d’ailleurs invisible dans son film).

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Mutant, incompris, nostalgique, blessé : on avait forcement envie de recueillir cette oisillon du bizarre. Tourné avec Nicolas Winding Refn étant sans doute la clef de ce revirement, risqué pour tous les acteurs qui ne s’appellent pas Clint Eastwood ou Woody Allen. One-shot ou pas, ces tentatives de sortir d’un giron, de se placer derrière la caméra alors qu’on se trouve devant, n’a jamais été si désagréable pour le cinéma : Ne pas avaler (Gary Oldman), La nuit du chasseur (Charles Laughton), La vengeance aux deux visages (Marlon Brando), The Brave (Johnny Depp) ou dernièrement le très étonnant Don Jon (Joseph Gordon Levitt).  Alors pourquoi pas ?

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Dans une ville fantôme sans fantômes, une mère tente d’élever ses deux enfants au milieu des ruines d’un monde qui s’effrite. Les maisons s’affaissent, tombent, brûlent, disparaissent, laissant des spectres de baraques aux quelques voyous du coin. Alors que la jeune femme prend un travail de nuit dans un mystérieux cabaret, son fils ainé tente de s’opposer au fou furieux venu s’approprier la cité. C’est en se trompant de chemin qu’il découvre l’existence d’une cité engloutie, dessinant déjà l’esquisse d’un conte aux échos lointains. Mais le garçon n’est pas du genre à se laisser tromper par des légendes urbaines. Sauf quand la situation, de plus en plus désespérée, l’exigera…

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Des méchants très méchants, aux flammes esthétisantes au cabaret borgne, du chuchotement au cri, Gosling a bien relu son petit Lynch illustré, vient fureter vers Jodorowsky et Argento, vers Amblin ou le vidéo-clip : ce n’est pas déplaisant, puisque jamais totalement littéral. Et puis, on aime.

Le premier a trouver son compte ici, c’est Benoit Debie, chef-op attitré de Noé, qui retrouve la générosité à la fois pop et sordide de Spring Breakers, avec un goût prononcé pour les nuits au parfum de néons, où les voitures brûlent et le fluo est roi. Terrain de jeu idéal, Détroit redevient un bel enfer, un cimetière de vivants où on roule à tombeau ouvert : un intérêt commun avec Only Lovers left Alive ou It Follows, qui se plaisaient également dans le charme pourrissant de cette cité éteinte. En somme, Gosling atteint son but, plastiquement parlant.

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Lost River c’est aussi la preuve d’un éclectisme, où se croise acteur hexagonal (Reda Kateb), acteurs tv qui montent (Christina Hendricks et Matt Smith), gloire déchue (l’icône du cinéma gothique italien Barbara Steele) ou petite perle (Saorse Ronan, dont l’étrange beauté grandit de film en film). Là encore, c’est tout à son honneur. Au milieu d’amours chastes, de show grand-guignol, de lèvres découpées et de malédiction, Lost River sème des images qui claquent (une séance glamour à coup de scalpel, des lampadaires s’illuminant sur un lac artificiel…) mais se freine. Souvent. Trop souvent.

On reproche à certaines séries b d’être des sujets de court étirés, Lost River serait peut-être l’inverse : un univers foisonnant, mais cloisonné, avec ses personnages silhouettes, trop évanescents pour toucher. Sa conclusion, fatalement trop abrupte, agit presque comme un coitus interruptus. Malédiction du premier film fragile, inégal, agité, pressé. Mais attachant.

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