Velluto Nero (1978) Brunello Rondi : Les Rencontres d’Après-Midi

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Érotisme de carte postale, mœurs légères (souvent portées sur les relations saphiques), exotisme sensationnaliste (vaguement hérité du Mondo) : la sexploitation, telle que Emmanuelle et sa comparse Black Emanuelle, l’ont érigé, tenait autant du spectacle coquin un brin bourgeois que du dépaysement à la limite du sordide. Joe D’Amato l’avait bien compris, puisqu’il tourna très régulièrement sous les tropiques, avec une série de films négociant gentiment entre le hard de samedi soir et le trash aventureux: La nuit fantastique des morts-vivants (et sa version xx Porno Holocaust), Papaya dei Caraibi, Orgasmo Nero, Paradise Blue, Le sexe noir

Les intentions de Veluto Nero, honteusement titré chez nous Vicieuse et Manuelle (??!), s’en rapprochent, à la différence qu’on quitte les Caraïbes pour s’abriter en Egypte.

laura&annie

Proche collaborateur de Fellini, Brunello Rondi avait des ambitions plus mesurées et visiblement bien différentes de son camarade, ayant versé sans complexe dans le cinéma d’exploitation, avec un goût très prononcé pour les sujets sulfureux. Ce qui le mènera à tourner aussi bien des drames bizarres (toujours à la lisière de l’érotisme du fantastique) comme Valeri Dentro e Fiori, Le démon dans la chair ou Tecnica di un amore, du Women in Prison ou encore du Giallo avec Mes mains sur ton corps.

Vendu vaguement comme un opus de Black Emanuelle (même Severin, l’éditeur qui a permis la redécouverte du film, l’a ressorti sous le titre de Black Emnanuelle White Emanuelle…qui est en réalité le titre d’un autre film), Velluto Nero n’en ai pourtant pas réellement un et pourrait se voir davantage comme un spin-off : Laura Gemser n’est qu’un second rôle (bien qu’on se demande qui est la véritable héroïne dans cette affaire) et si son personnage est présenté comme celui d’Emanuelle, elle n’y est pas reporter mais modèle. Autant dire que l’affaire sent un peu l’opportunisme…

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Comme beaucoup de sexploitation, l’histoire de Velluto Nero n’est qu’un prétexte touristique pour réunir des personnages sexy là ou il fait beau et chaud : tout le monde est désirable, tout le monde s’agite, tout le monde baise. Recette aisée. La saveur du film tient beaucoup dans le rapport à ces corps et aux pulsions qui les agitent : à l’inverse de D’Amato, volontiers plus vulgaire et rentre dedans, Rondi est un cinéaste trouble, dont l’atmosphère bouillonnante et mystique appelle à des tableaux volontiers plus soignés. Crystal, la cougar un peu félée (incendiaire Susan Scott) sous le joug d’un gourou sexy, donne le mauvais exemple à sa fille, une nymphette qui s’empresse d’asservir sexuellement ses serviteurs et ne peut jouir que dans le sadisme.
Un peu plus loin, Emanuelle et son amant s’offrent une sexualité violente et moribonde, où monsieur (toujours incarné par Gabriele Tinti, qui était son mari à la ville) ne trouve son plaisir que dans des shoots photos nécrophiles, forçant la belle à faire la star au milieu des excréments et des charognes. Et puis au milieu il y a Annie Belle, garçonne plantureuse découverte chez Jean Rollin, qui visite les bordels égyptiens et préfère parfois les caresses féminines.

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Si on veut bien lui excuser ses défauts très bis (réalisation hasardeuse, scénario qui divague), c’est sans doute que Velutto Nero se laisse traverser par un souffle lyrique assez rare dans ce genre de production, en grande partie dû à la b.o, psyché et épique (et malheureusement jamais éditée). C’est aussi ce curieux mélange de perversion, de célébration de la sexualité (les gentilles partouzes un peu ésotériques), et de charme ethnique, sans aucun doute hérité de Pasolini avec qui Rondi avait également travaillé. Et son escalade vers le bizarre et le fantastique (avec une scène de transe où Laura Gemser offre un spectacle inhabituel) marque un point, aussi inopinée soit-elle. Mais au croisement de la maladresse la plus idiote et de la fascination la plus totale, Velluto Nero sait aussi très bien synthétiser ce qu’on aimait tant dans ce cinéma italien : un besoin de scandale naturel, des tabous digérés et de vrais sursauts de beauté.

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