Chillerama (2011) Rifkin, Lynch, Green, Sullivan : Drive-In Massacre

En faisant un détour par le diptyque The Human Centipede, il semblait clair que le cinéma d’horreur était revenu à des amours interdites, soufflant plus le chaud que le froid en ranimant des extrémités proches du cinéma d’exploitation des 70’s. Ce qui n’empêche pas ce revival d’avoir une part plus décomplexée : obsédé par l’univers des cinéma de quartiers avec lesquels ils ont grandi, les grands manitous du genre avaient, avec le très fameux Grindhouse, rouvert la porte au cinéma de tous les excès, le fun en prime. Les imitations, plus ou moins heureuses, donnèrent au moins un nouveau boost au monde de la série B…


Chillerama
pousse la machine à voyager dans le temps un peu plus loin et remonte aux premiers temps, plus « sages », du cinéma d’exploitation, avec un hommage aux séries B & Z de drive-in, ayant animées les douces soirées de l’Amérique fifties et sixties. Avec néanmoins, toujours dans l’optique de livrer un spectacle faisant fi des règles de bienséances et de bon goût. Se réunissent pour l’occasion Adam Rifkin, Tim Sullivan, Joe Lynch et Adam Green qui, s’ils n’ont pas l’apanage d’être connu du grand public, en connaissent un rayon question séries b, laissant derrière eux un CV de DTV juteux, à défaut d’être du quatre étoiles.
On pourrait également pointer du doigt un retour (?) vers le format de l’anthologie à sketches, comme le prouvent déjà les tous aussi barrés Little Deaths, Trapped Ashes et The Theatre Bizarre. Retour vers un cinéma extrême donc, et à la générosité plus qu’évidente…

Pour situer l’entreprise carrément cintrée de ces quatre chiens fous, on pourrait parler d’un croisement entre Panic sur Florida Beach (renforcé par le discours touchant d’un projectionniste au bout du rouleau) et de Poultrygeist (orgie de barbaque, craignos monsters, humour gras…). La référence au studio de la Troma n’a rien d’innocente : le lieu principal n’étant ni plus ni moins que le Kaufman Drive-In (= Llyod Kaufman, patron de la firme dégoulinante). C’est ainsi que s’y tient une soirée à l’ancienne attirant une troupe de badauds s’égosillant dans leurs bagnoles en dégustant quelques pop-corns douteux, qui ne vont pas tarder à en transformer certains en zombies bleus fluos assoiffés de sang et de sexe ! Voilà pour le fil rouge, sorte de Braindead vicelard en pleine air, et d’une irrévérence absolue. Le tout orchestré par un Joe Lynch ayant servi un Détour Mortel 2 bien plus Z et plus gore que son prédécésseur : l’essai est cependant ici bien plus concluant.

Par ailleurs, parlons d’irrévérence car c’est bien le mot qui caractérise cette pelloche survitaminée : la scène d’introduction, où un poivrot se fait castrer par le cadavre qu’il s’apprêtait à violer, donne le ton à grands renforts de décors rétros et de fx gluants. A contrario des nanars qu’ils imitent, le quatuor pousse le bouchon aussi loin qu’ils peuvent. Ainsi, Adam Rifkin retrouve la bizarrerie de son méconnu The dark backward à l’occasion d’un Wadzilla parodiant goulûment le film de monstre géant…avec un spermatozoïde monstrueux cavalant pour s’accoupler in extremis avec la statue de la liberté ! Volontairement médiocres mais ingénieux, les effets spéciaux donnent vie à l’inimaginable, avec une reconstitution savoureuse des 50’s à la clef. Dommage que commencer par le meilleur opus affaibli les suivants, qualitativement moins impressionnants.

I Was a Teenage Werebear, signé par le papa des deux 2001 Maniacs, est une parodie homophile des beach-movies, où un éphèbe plus préoccupé par les beaux surfeurs que sa copine se retrouve harcelé par un groupe de motards à la fois ambigus et sauvages. Manque de pot, il s’agit de Werebears, croisement logique (?) du bear de soirée et du lycantrophe assoiffé. Le tout dans une atmosphère délibérément ringarde saturée de couleurs criardes, d’imagerie homo détournée (combat de lutte, vestiaire bondé, coach ambigu, premiers émois…) et se jouant du non-talent absolu de ses acteurs, en particulier lorsqu’ils poussent la chansonnette. Un délire gay-friendly pleinement assumé jusque dans le choix de l’acteur principal Brent Corrigan, considéré comme le Zac Efron du Porno Gay.

Adam Green, fraîchement sorti de ses Hatchet, donne encore dans le splatter gore avec une relecture nazie du mythe de Frankenstein et du Golem dans The Diary of Anne Frankenstein (je vous laisse le soin de trouver la troisième référence). Si le concept est amusant, il reste toutefois plus limité que les opus précédents, le tout dans une ambiance de Serial N&B où le frêle Joel David Moore se donne à fond en Hitler de pacotille.

Jamais à cours de surprises (un intermède scato hallucinant) ou d’effusions de fluides en tout genre, Chillerama est à la hauteur de son affiche : généreux et monstrueux.

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