Nekromantik 1 & 2 (1987 – 1991) Jorg Buttgereit : Les Nouveaux Romantiques

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Tout en haut, au sommet des tabous infréquentables, la nécrophilie est sans doute le seul lié intrinsèquement au fantastique et à l’horreur, l’abolition des frontières entre la vie et la mort célébrant, au choix, débordements putrides ou romantisme bizarre. Abordée parfois de loin, comme chez Bunuel dans Belle de Jour ou Virdiana, cette déviance restera abordée prudement même par le cinéma décadent des 70’s, à l’exception du fauché (mais pas désintéressant) Love me Deadly, de l’impressionnant Blue Holocaust ou des nauséeux Bloodlust et Baiser Macabre (sans doute les plus audacieux du lot). On ne s’aventure pas encore au delà d’une certaine ligne, franchie cependant en 1972 dans Le nécrophile, premier livre fulgurant de la démente Gabrielle Wittkop, dont la beauté choquante n’a jamais trouvé d’équivalents à l’écran. Mais qui serait assez fou pour oser, même aujourd’hui…

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En 1987, un petit malin du nom de Jorg Buttgereit décide, non pas de s’inspirer du travail de Wittkop, mais de ne plus rien cacher sur le sujet. Avec deux sous, il signe Nekromantik, que John Waters s’empressera de présenter comme « un film érotique pour nécrophiles ».

Avec sa caméra 16 mm, Buttgereit signe un film de potes plus dégueulasse que la moyenne, en décrivant la vie privée d’un couple nécrophile, qui trouve enfin la parfaite communion avec un cadavre pioché sur la route. Toisant aujourd’hui son œuvre, le réalisateur reconnaît qu’il n’était motivé que par une pure et simple envie de choquer. Quant à savoir si ça marche…

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Nekromantik est, il faut le reconnaître, un film gonflé, véritablement répugnant, adepte des ruptures de tons, et exhalant des parfums de de fond de cuvette. Du trash pour du trash, alourdi par une réalisation d’amateur, un rythme désespérant, des maquillages très inégaux (la décapitation d’un gardien de cimetière semble tout droit sorti de Bad Taste)…on pourrait continuer à tirer sur l’ambulance si le romantisme macabre de Buttgereit ne fascinait pas tant quelquefois, au détour par exemple de deux scènes d’amour à la mièvrerie joyeusement déplacée, où les corps s’enlacent au ralenti, entre peau morte et chair ardente. Le film aurait bien pu ne s’en tenir qu’à ces quelques scènes, comme réduit à un geste lyrique et innommable…

À l’époque, Buttgereit semblait avoir ouvert une porte de l’enfer : interdit dans son propre pays (entres autres), ses provocations donnent des idées à une poignée de camarades, faisant bien vite de l’Allemagne l’autre pays du gore underground. Ce qui prouvera Olaf Ittenbach avec Black Past ou The Burning Moon, ou encore Andreas Schnaas avec sa trilogie Violent Shit. Des gens parfaitement charmants vous l’aurez compris.

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Le dernier plan, assez jouissif, de Nekromantik, laissait le champ libre à une suite : quelques temps après son suicide (seul manière qu’il a trouvé d’épouser la mort au sens propre et au figuré), le corps du héros est ainsi déterré par une nécrophile en herbe. Comme les écolos, faut croire que ces gens là font aussi dans le recyclage…

Avec plus de sous (et de savoir-faire), Buttgereit tente de s’éloigner de l’amateurisme presque potache du premier pour tendre vers le cinéma d’auteur, dont il se moque d’ailleurs ouvertement lors d’une séquence dans un cinéma. Les 15 premières minutes, sublimes, donnent d’ailleurs beaucoup espoir. Trop sans doute. L’oeil avisé et aiguisé par un vrai sens de la poésie morbide, l’auteur réussit là où il n’avait pas mis les pieds : dans une certaine forme de délicatesse. Un cimetière en rase campagne, des bâtiments figés dans le temps, un soleil qui tape, une pelle qui creuse, des talons qui s’enfoncent dans la terre, des travellings par ci par là : mais on ne chasse pas le naturel bien longtemps. Trouvant une seconde vie dans la mort (quelle jolie idée), le héros du premier volet est donc repêché par une autre amatrice des plaisirs interdits, qui abandonnera vite sa tâche pour aller vivre le véritable amour avec un vivant. Et là c’est la catastrophe…

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Aux antipodes d’un premier film volontiers abrasif, Nekromantik 2 est une parodie de roman photo avec un cadavre au milieu, Buttgereit allant jusqu’à se moquer ouvertement des élans lyriques du premier film dans une scène onirique/musicale où la belle gretchen vedette chantonne dans un français de carnaval. Pitié non.

Encore plus long, plus gore (snuff animalier gratos et scène de découpage chatoyante), plus barbant et encore moins inventif (le soin apporté aux maquillages donne des hauts le cœur mais n’arrange en rien les scories), Buttgereit se sabote le travail jusqu’à l’épilogue insoutenable, qui tente d’aller plus loin que celui (déjà corsé) du premier film. La provocation tourne une fois de plus à vide. Décidément chamboulé par la question de la mort, Buttgereit réussira à convaincre davantage avec Le roi des morts et Schramm, bien plus maîtrisés. À côté, ces Nekromantik ressemblent à une cour de récréation déviante mais bien vaine.

 

LE BONUS : 

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Necrophobia (1994) Frank Gen Geloven & Edwin Visser : Il peut arriver que notre bonus soit meilleur que le (ou les) film(s) présenté(s). Et c’est le cas ici. Inédit un peu partout, cette série b d’horreur venue du pays de Verhoeven pourrait presque faire office de troisième volet à la saga de Buttgereit, sauf que le drame horrifique est ici remplacé par une intrigue de thriller bien plus solide. Habitée par une sauvagerie peu commune dans ce genre de petites bandes, Necrophobia propose sans doute le pitch le plus improbable possible : en plein deuil, un homme se met à la poursuite de la psychopathe venu lui subtiliser le cadavre de sa femme à des fins indécentes ! Esthétiquement plus influencé par Hellraiser (les scènes dans la tanière de la tueuse évoque un véritable enfer froid) que par Buttgereit, le résultat, à la fois irréel et très rentre-dedans (castration explosive, corps déchiqueté à la tronçonneuse, viol nécrophile, et on en passe) est pourtant totalement méconnu des amateurs du genre. À redécouvrir, pour ceux qui osent !

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