Tusk (2014) Kevin Smith : Les Dents de l’amer

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Après avoir  bousculé le petit monde de la comédie américaine dans les 90’s, Kevin Smith a commencé à prendre le large, pas définitivement certes, mais calmement. Ce qui explique sans doute son virage soudain dans le film d’horreur, genre qu’il a affectionné depuis toujours. Une nouvelle voie et des ailes pour voltiger dans un royaume interdit : une excursion qu’on attendait avec impatience, puisque la malice et la compréhension des codes par le roi des Geeks (puisqu’il en est ainsi…) pouvaient largement amener du sang neuf au genre.

Abordant un sujet délicat, actuel et foncièrement flippant (le fanatisme religieux en l’occurrence), Red States se plantait hélas à mi-parcours, Smith se piégeant – paradoxalement – à force de vouloir se démarquer. Un peu trop malin le bonhomme ? Sans doute.
Tusk sera son deuxième clap horrifique, gardant au passage l’hallucinant Michael Parks (qui était sans aucun doute la meilleure chose de Red States). Le sujet, intriguant, ressemble à un gag improbable sur le papier. Pas étonnant.

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Être odieux passant sa vie à se moquer des freaks de l’Amérique entière sur son podcast à succès, William Bryton a trouvé son nouveau poisson à ferrer en la personne d’un gosse fraîchement handicapé…après avoir tenter de faire son remake de Kill Bill au fond du garage. Se déplaçant pour l’occasion, ce faiseur de monstres ne trouvera rien (la nouvelle pièce de sa collection venant de suicider), si ce n’est une note laissée dans les wc d’un bar de Winnipeg : dessus, un vieil homme solitaire invite quiconque à écouter ses fabuleuses histoires de marin. Le podcaster avide se rend sur les lieux, manoir paumé où les souvenirs s’entassent. Mais après quelques mots échangés, la situation dérape : drogué et retenu prisonnier, William découvre que son hôte souhaite…le transformer en morse ! Le jeune homme n’aura pas le temps de dire quoique ce soit : il se réveille déjà avec une jambe en moins…

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Les ficelles utilisées par Kevin Smith (peur de la séquestration ou de la torture) ne sont pas nouvelles certes, mais crée un climat extrêmement malaisant et tout à fait efficace, évoquant plus The Human Centipede (ce cauchemar de la chirurgie forcée) que Cronenberg. Inconfortable donc, jusque dans la dualité de son duo vedette : en effet, comment souffrir pour un odieux connard (en l’occurrence William, auquel Smith injecte un peu de lui même) et en vouloir à un tortionnaire déglingué par la société (l’évocation orale de l’enfance d’Howard ressemble presque à un récit sadien) ?

Le tout enrobé dans avec un sens du grotesque (surtout une fois l’horrible transformation achevée) et de l’hystérie jubilatoire et tordu, même si les nombreux flash-backs très cheap du personnage d’Howard Howe ne s’imposaient pas vraiment. Mais Smith filme ses personnages avec attention (bouleversante Genesis Rodriguez en petite amie meurtrie), dose son humour (les frictions entre américains et canadiens), n’agite pas trop le hochet du gore tout en mettant en valeur toute l’horreur viscérale de la situation…
Pendant une heure, Tusk est un bijou. Puis tout s’écroule.

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Son auteur assume : pour oxygéner un récit trop malsain à son goût, Smith intègre un personnage loufoque incarné par un Johnny Depp méconnaissable (et caché sous un pseudo…) qui s’accapare très vite la majorité des scènes du film. On sait que l’acteur a pris une bien mauvaise pente depuis quelques années, mais que Smith y mette à profit ses pires travers pour saboter son film tient de l’hallucination la plus totale. Allongé, rempli, gavé, Tusk ne survit artificiellement que grâce aux quelques scènes réunissant les deux personnages principaux. Mais il faut l’avouer : tout est déjà foutu. Arrivé à sa conclusion mélancolique et surréaliste, on ne sait même plus si on doit rire ou pleurer. Un drôle de gâchis…

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