Legend (1985) Ridley Scott : La Beauté du Diable

Legend

The dreams of youth are the regrets of maturity.

Dreams are my speciality.

Though dreams I influence mankind.

My dream is an eternity with you…

Difficile de comprendre le regain d’intérêt, très soudain, qu’a eu l’industrie hollywoodienne pour l’Heroic-Fantasy durant la première partie des années 80 : Conan le barbare, Krull, Le dragon du lac de feu, Taram et le chaudron magique, Labyrinth, Willow, Le choc des titans, Black Angel… Une bien belle époque. De nos jours, il a fallu compter sur le succès d’un certain petit sorcier et d’une poignée de hobbits pour relancer la machine du merveilleux. La vague antérieure, elle, garde tout son mystère, même si les dérives du space-opera et du retour à un esprit serial n’y sont peut être pas étrangers…

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Traînant l’idée de Legend depuis la création des Duellistes , Ridley Scott y choisit de revenir à un fantastique pur, naïf, magique, tout en contraste avec les machineries SF d’Alien ou de Blade Runner. D’ailleurs, la licorne de Deckard ne mettrait-il pas le spectateur (et son auteur) sur la voie ?
Adieu la prise de tête, et bonjour le livre de contes, ici tellement réduit à sa portion congrue (bien versus mal) qu’il évoque parfois un Disney (époque Blanche-Neige / La belle au bois dormant) en live : princesse chantante, méchant très méchant, fée clochette, vilaine sorcière crochue, éphèbe vaillant… À se demander encore aujourd’hui quel public Scott visait. Ce que explique sans doute le calvaire qu’il vécut en projection-test, remontant alors le film en catastrophe.

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Comme si le tournage un brin chaotique n’avait pas suffit (le clou étant l’incendie du studio Pinewood), Scott réduit d’abord son film d’une vingtaine de minutes dans un montage (honorable) destiné à l’Europe, puis le massacre littéralement en vue des salles américaines.
Un carnage aujourd’hui édifiant à redécouvrir, sucrant une grande partie du film (sans doute pour se venger des faiblesses de rythme dont on l’a accusé), mêlant scènes additionnelles (une attaque de pygmées hystériques, une happy end atroce…), rajouts de mauvais goût (des effets flashy par ci par là) et nouvelle b.o (un tsoin tsoin signé Tangerine Dream accompagné de…Brian Ferry). Depuis quelques années, les trois versions sont à la portée de tous, la director’s cut étant fatalement la plus indiquée.

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Accuser (facilement) Legend de niaiserie, ce serait oublier que Scott est un homme fasciné par les ténèbres, plus que par la lumière : Legend s’ouvre dans une nuit d’encre, avec sa faune qui palpite alors qu’un goblin traverse une clairière pour rejoindre son maître. Legend est un film amoureux de sa princesse, douce Mia Sara dont la carrière ne passa pas le cap des années 90, mais aussi de son bad guy, le seigneur incontesté des ténèbres. Et ça crève les yeux. Tellement, que tout ce qui se brode autour (Tom Cruise et sa bande de gnomes qui empilent des assiettes), ne captive pas toujours, voire peu. C’est bien là un des rares défauts de Legend  (si on veut bien excuser son scénario mécanique) : son déséquilibre dans la fascination. Mais en terme visuel, le film n’a pris aucune ride, avec des décors studio qui feraient rougir n’importe quel écran vert : du palpable, du vivant, du chatoyant, du merveilleux, du fiévreux.

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Parmi ce que Legend offre de meilleur, toutes les scènes incluant la princesse Lily et son démon amoureux transpirent un trouble exquis, dont les rapports de force et de séduction, les trouvailles visuelles (cette traversée du miroir, cette course au ralenti, ces décors doués d’une vie propre comme le trône de chair ou les statues voyeuses) et la sensation de doux cauchemar (l’incroyable scène du ballet, du Black Swan avant l’heure) évoquent le travail de Jean Cocteau et en particulier celui accompli sur La belle et la bête, influence hautement évoquée par Scott lui-même.

Sans doute fasciné par sa prestation dans The rocky horror picture show (il hésitera même à faire doubler la sorcière Meg Mucklebones par Richard O’Brien, avant de faire passer Robert Picardo à la casserole), il fera alors (avec l’aide d’un Rob Bottin à son top niveau) de Tim Curry une incarnation du mal imposante et bestiale, mêlant suavité et tempérament de feu ; à la fois diable d’Épinal et minotaure du désir. Malgré un temps de présence restreint, sa présence écrabouille les rares fantaisies autorisées.

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