The Voices (2014) Marjane Satrapi : Trouver la Voix

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Les virages, les prises de risques, les élans nouveaux, on aime ça au cinéma. On aime pas toujours le résultat certes, mais on admire le geste, au moins ça. Délaissant son binôme avec Vincent Paranaud (avec qui elle aura signé les très bons Persepolis et Poulet aux prunes), Marja Satrapi se voit lâcher dans la nature, et aux States en prime. La vraie jungle quoi. On attendait du coup bien autre chose que son effarant La bande des Jotas, que tout le monde a préféré oublier par politesse.

Bien loin de tout ce qui a pu constituer l’univers antérieur de sa réalisatrice, The Voices a tout pour plaire, et en a conscience. Un projet assez bizarre pour intriguer, pas assez pour ne pas trop inviter au rejet, assez drôle pour attirer un large public, assez neuf pour tenter les amateurs du genre : même le scénario était un script vaguement blacklisté, qui échappa en son temps à Ben Stiller et Mark Romanek. On regrette un peu après coup…

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Dans une usine de baignoires rose bonbon, Jerry traîne sa face de beau gosse ahurie et voit son regard pétiller lorsque la jolie anglaise du bureau lui passe sous le nez. Quand il ne le fait pas à sa psy, il adore se confier à ses animaux de compagnie M. Whiskers (le chat) et Bosco (le chien) : mais lorsque les deux se mettent un jour à avoir du répondant, la situation va commencer à lentement dégénérer. Tel un diable et un ange d’épaule, Bosco le chien se contente de rassurer son maître, alors que le félin le pousse au meurtre ! Loin de ses pilules, Jerry va alors commencer à semer les cadavres, dont il adore conserver les têtes à qui il taille volontiers la bavette. Joyeusement WTF vous l’aurez compris.

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Ce croisement improbable entre L’incroyable voyage et Psychose tient très certainement à son potentiel hybride, combinant à la fois comédie romantique et thriller horrifique. Encore faut-il rappeler qu’il s’agit d’un exercice périlleux : la figure du tueur maladroit, du genre à s’excuser quand il fait couler le sang, tente de bouffer à tous les râteliers (le tragi-comique, le pathos inopiné, le gore crade) : dérangeant par instant peut-être, mais bien trop mal ficelé en fin de compte. Obsédée à l’idée de construire un film sur des ruptures de tons (qu’elle ne maîtrise pas), Satrapi s’y perd, et saborde toute l’énergie et l’émotion de son film.

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Que The voices soit une bête de festival (ce fut un carton à Gerardmer et à L’étrange festival) n’a rien d’étonnant : le concept bizarre et le lolcat à l’accent cockney (génial il est vrai, et doublé, tout comme le chien, par Reynolds lui même) a suffit visiblement à duper le public (sans compter une scène finale musicale géniale sur le papier et complètement foirée à l’arrivée). Difficile d’oublier pourtant à quel point le film est mal rythmé, assez peu drôle et incroyablement redondant (la séquence faisant le contraste entre la réalité et le monde du héros finit tellement par se répéter qu’elle en perd son impact malsain). Chanson connue : les bons concepts ne font pas toujours les bons films.

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