19ème Festival International du film Fantastique de Gerardmer

L’année 2012, à défaut de (peut-être) sonner le glas de notre humanité, a bien failli percuter celui du festival Fantastic’Arts, dont l’ouverture fut un quasi-rebondissement. Si en effet chaque année, le Festival menace de mettre la clef sous la porte, les rumeurs et annonces de la 19ème édition semblaient cette fois bien plus alarmantes Comme ramener à la vie après un bouche à bouche, le festival ouvrit tant bien que mal ses portes, avec une programmation nébuleuse et de nouvelles coupes budgétaires se faisant ressentir bien souvent par petites touches : absence d’une bonne partie des dossiers de presse, perte de sponsor, suppression de la section vidéo, équipe de films réduites au strict minimum, projection de galette numérique…
En guise d’arbre cachant la forêt, la venue de Ron Perlman, accompagné de Jeunet et Annaud, et l’ajout d’une section Extrême (qui nous renvoi à la belle époque d’Avoriaz et de ses sections particulières), palliant plus ou moins l’absence totale de thématique et de rétro, et la présence d’un jury people peu en phase avec le genre (Tonie Marshall, Tomer Sisley, Vincent Desagnat… ???!).
Ajoutons à cela l’étonnante désertion de nombreux habitués. Reste l’insatiable envie de découverte, que la programmation de cette année attisait sur pas mal de points. En effet, on ne compte quasiment pas de doublons (redoutés) vis à vis du PIFF et ou de L’étrange Festival, qui avaient déjà bien dégraissé toute la partie juteuse du cinéma de genre. Mais on peut aussi craindre ces « restes »…
Il faudra donc compter sur une compétition éclectique sans être sauvage, évitant les bombes de festival qui tâchent : pour cela, il fallait se rabattre sur les films hors-compétition, plus turbulents.

* Twixt (Film d’ouverture) de Francis Ford Coppola : Le boiteux
Sans doute effrayé par la simple idée de continuité, Coppola abandonne l’élégance presque classique de son Tetro pour un sous Twin Peaks de bien mauvaise augure. En mode Depardieu, Val Kilmer suit le cours d’une enquête dans une petite ville paumée pour alimenter son prochain bouquin. Les références mal digérées (outre Lynch, on pense à King et Carpenter) ont bien du mal à servir un récit à l’ironie pataude et au visuel baveux et virtuel comme un point & click des 90’s. Les rares touches insolites (la présence d’Ellie Fanning en spectre ambigu et de Aldren Ehrenreich en goth lunaire) se noient dans un film aussi curieux que mineur.

* Beast (Compétition : Prix du Jury) de Christoffer Boe : Le mystérieux
Si l’affiche de Beast résonne comme un clin d’oeil à celle de Possession, cela n’a rien d’un hasard : en somme, ce petit film danois est une autre variation monstrueuse sur la vie de couple et les effets néfastes qu’elle engendre : lassitude, jalousie, tromperie, doutes et surtout…possession. Or Zulawski explosait déjà avec une puissance rarement égalée ces notions à grands coups de transes hystériques et de débordements graphiques. Si Beast intrigue dans son déroulement, il frustre plus qu’il ne bouscule, ayant davantage recours à un symbolisme sous-jacent, malgré la silhouette imposante d’un acteur principal « ogresque » à souhait.

* The day (HC) Douglas Aarniokoski : Le musclé
On ne peut pas dire qu’on attendait grand chose du réalisateur de Highlander Endgame. Cependant, il faudra alors bien reconnaître que The day fait partit des belles surprises du festival ; on pourrait pourtant lui reprocher d’être un copié-collé low-budget sans gêne de La route : même photographie, même décors, même design, même règles, même climat délétère. A y réfléchir, on le verrait davantage comme un spin-off, tant l’univers est semblable : cette maison servant de décor principal, ne serait-elle pas la même que le manoir des cannibales aperçu dans le film d’Hillcoat ? A l’intimiste (bien qu’à fleur de peau), le résultat lui préfère tout ce qui est plus physique : ultra-violent (même les enfants ne sont pas épargnés), tendu à craquer, résolument nihiliste ; la ballade du film d’Hillcoat laisse place à un film de siège scotchant.

* La maison des ombres (Compétition : Prix du Jury, Prix du Jury Jeune et Prix Syfy) Nick Murphy : L’admirable
Une ghost-story récalcitrante, voilà qui n’inspire guère : à défaut de choper le prometteur Woman in Black, il faut dire que cet Awakening fait plutôt bien l’affaire en attendant. Dans les années 20, une chasseuse de fantômes est appelée à trouver le spectre d’un enfant hantant les couloirs d’un pensionnat : trauma, fantôme juvénile, campagne sinistre, twist et décor insalubre ; rien ne manque au cahier des charges bien galvaudé. Il n’empêche à cet Awakening de fonctionner à merveille, tant sa réalisation est élégante et son casting admirablement dirigé. Même son atmosphère d’après-guerre, convoquant une foule de silhouettes blessées, instaure un climat de beauté dépressive particulièrement séduisant. Un excellent moment.

* Pastorela (Compétition) Emilio Portes ; Le truculent
Il en faut peu pour saisir où Pastorela veut en venir dans un premier temps : on pense à du Iglesia au rabais, à une tentative de singer Le jour de la bête (parodie du sacré, combat du bien et du mal) et Mort de rire (le combat absurde de deux hommes dérapant vers le jeu de massacre) : or, Portes s’en  démarque rapidement, plus potache que vraiment méchant. Les personnages sont réduits à de simples caricatures (jusqu’à en être parfois, délaissés), le tout étant sacrifié sur l’autel de la farce, avec son flic véreux semant la pagaille pour retrouver le rôle qui lui était destiné dans un spectacle de kermesse : celui de Satan lui-même ! L’irruption assez jouissive du surnaturel (la dernière partie est un sacré bordel) et le charisme croustillant de l’acteur principal assurent un divertissement comique assez efficace.


The Incident (Section Extrême) Alexandre Courtes : Le traumatisant
Clippeur de son état, Courtes n’est pas allé par quatre chemin : aussi frenchie soit-il, il a tourné son film aux States, palliant de nombreux failles de nos cher films de genres (en particulier l’interprétation). L’absence totale de concession et le soin de l’image acquis dans les poches, le résultat est une petite bombe inversant le concept qui ébranlait l’excellent Alone in the dark : une panne de courant dans un asile donne l’occasion aux malades de se libérer de leur cellule. Or, les cuistots et quelques gardiens se retrouvent à leur tour piégés par le système électrique. Si le film ouvrit les festivités de la section extrême, ce n’est pas pour rien : tous les coups font mal, du téléphone en pleine tronche jusqu’aux blessures béantes (dont un arrachage de nez effroyable), et la tension y est redoutable. Mais surtout : The incident est aussi éprouvant qu’il fait peur ! A vrai dire, on à peine à croire ce qui nous ai encore tombé dessus…

* Norwegian Ninja (HC) Thomas Cappelen Malling : L’imbitable
Avec ses affiches imitant admirablement les plus hits de vidéo-clubs poussiéreux, Norwegian Ninja avait tout pour plaire, surtout qu’il ne faut pas être devin pour vitre comprendre où ce brave faux nanar se dirige. Or, passé les premières minutes et le déballage de tics visuels particulièrement soignés (recours à des maquettes voyantes, filtres chaleureux et rétros), on déchante très vite : Norwegian Ninja est un monument de non-rythme et de non-drôlerie absolue…et confus avec ça. Pire encore, on en revient à remettre clairement en doute sa place au Festival de Gerardmer. Encore un qui s’est perdu…`

Eva (Compétition : Prix du Jury) Kike Maillo : Le dramatique
Même quand les spectres ne sont pas dans les parages, le cinéma de genre espagnol semble avoir un besoin irrépressible de s’exprimer par le biais du mélodrame. Il en résulte des oeuvres aussi magnifiques qu’ampoulées, à l’émotion parfois tuée dans l’oeuf (voire le récent Agnosia). Le topo sera donc le même pour ce très beau Eva, dont les ramifications renvoient à A.I et Daryl (on y parle de la création d’un robot enfant intelligent). Malgré la surcharge d’émotion (qui passera ou pas), la retranscription d’un futur plausible et la beauté des images nous bercent jusqu’au bout. Du très joli travail.

* The Theatre Bizarre (HC) Karim Hussain, Douglas Buck, Tom Savini, etc : Le dément
Un projet d’anthologie à petit budget certes, mais qui fit l’effet d’une jolie piqûre dès son annonce. Réunissant des figures du cinéma de genre underground qui tâche, le résultat est d’une générosité de tous les instants, illustrant (en majeure partie) des rapports hommes/femmes apocalyptiques dans une débauche d’effets gore servant des propos bien plus dérangeants qu’il n’y paraît. Plus de détails sous peu !

* The cat (Compétition) Byun Seunwook : L’inutile
Alors que les films asiatiques de la précédente édition exploraient admirablement de nouveaux territoires, il  faut bien croire que le règne des connasses à cheveux longs (ou ici, carrés) ne soit pas définitivement éteint. Preuve s’il en est avec ce Cat consternant et interminable, mièvre et exaspérant de banalité. Même les amoureux des chats (dont je fais parti) auront bien du mal à rester éveillé face cette ghost-story qui nous prend bien à rebrousse poil.

The Moth Diairies (Compétition) Mary Harron : Le mou
Esperer le grand retour de Mary Harron après le gachi de son American Psycho tenait du surréalisme : on pouvait pourtant avoir la légitimité du doute avec un sujet pareil, véritable Twilight-like bien dans l’air du temps. Si les turpitudes sentimentales ne sont pas vraiment le fort de ce Moth Diaries, l’alliance troublante du vampirisme et de l’adolescence voisine sur les terres juvéniles de Catherine Hardwicke. Le résultat aura pourtant peine à captivé une audience jeune, entre la banalité de son intrigue (une adaptation démonstrative de Carmilla dans un pensionnat de jeunes filles) et de son visuel. Pas assez sulfureux (malgré une scène gore gratuite et du saphisme light et furtif), chevauchant bien trop de thèmes forts (le suicide, le deuil, la sexualité adolescente, la jalousie…) et se contentant de faire chialer sa jolie héroïne, The Moth Diaries ne s’accroche qu’à la présence subjuguante de Lily Cole, rappellant la Christina Ricci des débuts et certaines actrices du muet. C’est maigre.

* Chronicle (HC) Josh Trank : L’ébouriffant
C’est le film Found Footage de l’année. Alors que Troll Hunter avait investi les salles du festival l’année dernière, c’est le mastodonte Chronicle qui s’impose, annonçant dans son trailer explosif une relecture assez dark du super-héros, ici des adolescents subitement doués de pouvoirs télépathiques. Totalement distancié d’un point de vue référentiel (ce qui n’est pas un mal), Chronicle gère non seulement à merveille ses points de vues à coups de caméras volés, mais aussi son sujet, en l’exploitant jusqu’au trognon dans une scène finale titanesque, appelant plus à Akira qu’à X-Men. Vous êtes prévenu.

* Babycall (Compétition : Grand Prix et Prix de la Critique) Pal Sletaune : L’anecdotique
Malgré un Next Door plutôt costaud, cette nouvelle excursion dans le genre pour le norvégien Pal Sletaune surprend hélas beaucoup moins. Très tenté par la ghost-story ibérique (une mère et son fils fuit un père violent et sont victimes de phénomènes étranges dans leur nouvel appartement) et une variation pas très intéressante de Dark Water, ce Babycall laisse indifférent, aussi bien dans son fond que sa forme.

Les courts-métrages :

* Le cri, Raphael Mathié : Le grand prix, inévitable sans doute. Abscon, soigné, lent. Le protype du court à questions avec réponses en kit (ou non fourni par la notice).

* En boîte, Mathieu Pasquier : Joli croisement entre Kafka et Kaurismaki. On peut en sourire, mais on peut aussi se questionner sur sa présence dans la compet.

* Le lac noir
, Victor Jaquier : les filiations avec Le petit poucet de Marina de Van, de l’esthétique jusqu’à la présence du frère de la réalisatrice, et avec le fascinant Mandragor projeté l’année dernière ont beau être évidentes, elles ne gachent en rien ce petit bijou dont la cruauté et la poésie évoque les contes et les légendes d’autrefois.

* Scylla, Aurélien Poltrimoult & Jean-Charles Gaudin : un démarrage qui fait peur (la voiture perdue en pleine forêt, un couple…aïe) pour une suite moins convenue, aux accents Lovecraftien pas déplaisants. Rien que pour ses créatures, ça mérite bien un petit coup d’oeil.

* Tommy, Arnold de Parscau : Il s’agit de la version non musicale des images selectionnées pour le clip de David Lynch, Good Day Today, mini trip au coeur d’une enfance imagée et decharnée. Un curieux objet, en mode clip ou pas.

* L’amère Nature, Hugues Espinasse :  Encore un bel amour qui dérape, dont le résultat a le mérite d’être clair et concis. Dommage que Scylla lui vole son thème, à quelques courts de décalage !!

* L’attaque de monstre géant suceur de cerveaux
, Guillaume Rieu : Ambiance bon enfant lorsqu’un gloumoute transforme les personnages d’un musical à la Demy en zombies de N&B ! Un joli joujou vintage soigné comme il se doit.

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