The Theatre Bizarre (2011) Hussain, Buck, Savini & Co : Reflets dans un oeil mort

 Face à la résurgence de séries b & z de plus en plus barrées dans l’industrie horrifique, il est assez peu surprenant que les anthologies retrouvent leur petite place dans le système, avec ce concept fédérateur visant à réunir un maximum de personnalités autour d’un seul et même film. En attendant les très très juteux ABC of Death et Profane Exhibit, The Theatre Bizarre nous en met déjà plein la vue, à la manière du très généreux Chillerama. Or ici, pas de Grindhouse : on remonte à la tradition du Grand-Guignol, dont l’imagerie sert en partie à fignoler le fil rouge, laissant libre cours aux grimaces d’un Udo Kier de carton-pâte terrifiant l’unique spectatrice du « theatre bizarre ».

Parrainé par Metaluna Productions, le résultat est une réunion au sommet d’auteurs undergrounds soigneux, livrant des courts aux sujets tout à fait variés. Seule obligation : il faut que ça tâche !
Difficile de dissimuler son plaisir vu la liberté donnée, le tout à peine gâché par un budget qu’on devine faiblard. C’est par ailleurs le sketch le plus ouvertement fantastique et le plus ambitieux qui ouvre le bal, donnant l’occasion à Richard Stanley (dont la carrière fut bâtie sur les remarqués Hardware et Dust Devil) de revenir derrière la caméra après une longue absence (hors documentaires). The Mother of Toads marie alors le folklore des légendes campagnardes et de la sorcellerie, avec les mythes lovecraftiens : le tout servi par une Catriona MacColl dans l’un de ses rôles les plus troublants (ça change de Plus belle la vie), et une atmosphère serti d’érotisme poisseux. Autant dire que Stanley n’a pas perdu la main quand il s’agit de livrer des atmosphères inédites avec une vraie économie de moyens (se rappeler Hardware et son futur cyber-punk de bric et de broc très convaincant).

Lui aussi revenu de loin (les très durs Combat Shock et No Way Home), Buddy Giovinazzo livre avec I Love You un drame amoureux cinglant terrifiant par la banalité de sa cruauté (une rupture assez rude)…du moins jusqu’à sa conclusion sanguinolente. C’est également là que débute la mise en lumière du fil rouge sous-jacent, en réalité plus intéressé par les multiples facettes du sexe féminin : il assure ici à la fois la destruction et la protection, l’envie et le désordre. Et de désordre, c’est bien le cas de Wet Dreams de Tom Savini, cascade de scènes oniriques trashouilles assez drôles à la conclusion piquante à souhait, donnant l’occasion à Debbie Rochon de se livrer à une prestation vacharde à souhait.
Loin de la dérision outrancière de ces camarades, Douglas Buck ne lâche guère le ton glacial et inquiétant de ses premiers courts avec The Accident, ancré dans une réalité toute concrète. Pourtant, cette réflexion sur la mort, délivrée à une petite fille témoin d’un accident, semble davantage servir de pont vers le segment (tout aussi sérieux) du Hussain, plutôt que de s’accommoder au reste de l’anthologie. Malgré la beauté qui en émane, on frôle le hors-sujet. Excusable, au vue de sa brièveté.

Vision Stains de Karim Hussain nous replonge quant à lui dans le bain de son traumatisant Subsconscious Cruelty, où la crudité sauvage des images (une jeune femme assassinant des SDF pour leur voler leur « film de vie ») se disputent à la fantasmagorie. On y retrouve cette même faculté à tirer la beauté d’une esthétique hardcore dont la crasse et la dureté agissent de manière électrisante. Plongeant à nouveau dans la dérision, le gourmand Sweets débute comme I Love You pour revisiter à sa manière une situation empruntant autant à La Grande Bouffe qu’à Society. A vrai dire, le petit débutant David Gregory fait bien mieux que son calamiteux et surestimé Plague Town. The Theatre bizarre est donc un spectacle dont on ne regrette pas le billet, et qui mériterait bien un rappel. Et ça tombe bien, la suite serait envisagée…

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