House (1977) Nobuhiko Obayashi : À l’ombre des jeunes filles en sang…

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 » Even though the flesh may perish, the spirit of a person lives on forever in the hearts of others.
Therefore, the story of love must be told many times over, so that a lover may live on, in eternity. Eternal life.
The one thing in this world that can never perish is a single promise, a promise of love… »

La découverte de grands films cachés est une toujours étape bouillonnante dans la vie d’un cinéphile, en particulier de nos jours où le web et les catalogues d’éditeurs permettent de faire bien vite retrouver à certains titres le statut mérité. Hausu est un exemple type de découverte ahurissante, peu aidée par son titre passe-partout qui le fera sans doute confondre avec le House de Steve Miner, lui aussi une histoire de maison hantée peu commune. Mais la comparaison s’arrêtera là…

Bien que projeté au Festival Fantastique de Paris dans les 70’s, Hausu n’a connu aucune carrière en France ni ailleurs. Son excentricité en serait-elle coupable ? Sans doute, tant le film paraît encore aujourd’hui improbable et déluré.
Les dvd japonais et allemands, discrets, ont mis finalement la puce à l’oreille des amateurs : son joyeux bouche à oreille conduira le film à rejoindre le catalogue prestigieux de Eureka et de Criterion, alors que celui-ci était proprement inconnu quelques mois auparavant ! Si la réputation est gagnée, son exploitation en France est encore à revoir…et même à voir tout court !

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N’ayant pas peur des mots, Hausu paraîtra indigeste aux regards de nombreuses personnes de par ses manies d’électron libre et de bande-dessinée live : même en parler se révèle assez difficile, tant on ne sait pas par quel bout le prendre. Tentons donc le plus simple, sa trame, ou plutôt une partie : Angel est une adolescente vivant mal le remariage de son père et décide de se réfugier chez sa tante, une vieille dame vivant recluse qu’elle n’a pas vu depuis des lustres. Elle part donc en compagnie de ses six amies dans la demeure de sa tantine. Et c’est un séjour de cauchemar qui les attends…

Imaginez un instant un shojo-manga acidulé se fracassant aux portes d’un Evil Dead, l’esthétique du Magicien d’Oz soudainement heurtée par celle de Mario Bava,  Scoobidoo débauché par La mélodie du bonheur : incroyable mais vrai.

Eriko Tanaka ("Melody")

Au commencement, Hausu était parti de l’idée saugrenue de remplacer le requin de Jaws par une maison : et en effet, c’est bien cela qui arrive. Car si l’on reste définitivement dans la perspective d’un film de maison hantée (avec la présence d’un félin évoquant les bakanego ega, soit littéralement des films de chats-fantômes), ce ne sont plus des revenants qui interviennent mais la maison même, filmée comme une gigantesque entité carnivore douée de vie. Le personnage de la tantine se veut alors être la matérialisation de ce mal, friand à souhait de chair fraîche.

Et ce n’est pas seulement ce concept farfelu qui donne ce grain de folie au film, mais la mise en scène elle-même, comme possédée de la première à la dernière image, multipliant alors les effets de styles jusqu’à la nausée, osant la couleur et les ruptures de tons avec une créativité inépuisable, voire crevante.

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Et si le ton est irrévérencieux voire cartoonesque  (images subliminales et trompe-l’oeil en pagaille, musique pop très sixties), Hausu fait preuve d’un grand sadisme lorsqu’il se met à saccager cet univers mielleux, de sa cruauté démentielle (une jeune fille dévorée par un piano !) à l’érotisation façon pinku des personnages féminins (les plan sous-marins aussi gratuits que cochons), tel un innocent dessin qu’on sature de gribouillis et de détails scabreux.
Hausu est assurément inquiétant dans la manière qu’il a de provoquer tous les sens, mais se révèle aussi d’une grande mélancolie, s’attardant ça et là sur les rêveries de ses héroïnes : la contemplation d’un dernier coucher de soleil, les éclats de rires contenus d’une vieille dame, les frustrations d’une jeune fille à l’Oedipe  mal réglé, une promenade insouciante dans la brume, l’écho d’une promesse d’amour… Derrière les effusions de sang et l’hystérie permanente, on se surprend à déceler des soupirs et une nostalgie indicible. Hausu est un drôle de cauchemar anti-conformiste avec un arrière-gout de rêve.
 

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1 réponse

  1. Samuel Silver dit :

    Que de souvenirs en écoutant les main theme de cet OFNI jubilatoire, dérangeant et nostalgique.

    J’ai eu cette chance d’avoir découvert ce film grâce à Jeremy, dans un ambiance égale a celle vaincu par les héroïnes, un après midi ensoleillé, mais a l’ombre des volets, un silence crispé et curieux devant des images tanto naïves et joyeuse, tanto délirante, angoissante et risible parfois.

    J’éprouve une sorte de respect pour cet univers si particulier qu’est Hausu, car il s’agit là d’un univers, ou on flirt entre des souvenir d’été lointain et les horreurs urbaines des années 80 qui n’était pas encore nées.

    Un film a voir, accompagné d’un amoureux du cinema, ça mange pas de pain et ça permet de découvrir dans la curiosité et le respect. Enjoy !

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