Phenomena (1985) Dario Argento : Lady of the Flies

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De gros frissons, quelques soupirs, l’enfer puis des ténèbres : alors que le cinéma d’horreur italien commence à mettre un pied dans le début de la fin (nous sommes alors au milieu des 80’s), la carrière de Dario Argento est à son point d’orgue. Mais dans sa hargne, sa méchanceté et ses envolées, Ténèbres aurait presque pu faire office de conclusion, jusque dans son introspection délirante. Phenomena, le film suivant, sera le point de scission : une fin, une nouvelle ère, une première mort. Tout ce qu’on veut. Mais le trait d’union est là.

À l’époque, on parle de desintox sévère pour ce vieux Dario (Inferno était clairement le fruit de mélanges peu recommandables), faisant de Phenomena un nouvel élan, quelque chose qu’on attendait au tournant…et sera finalement vu d’un mauvais oeil. Avec le temps et  la dégradation perpétuelle de le filmographie du bonhomme, il en est devenu l’un de ses films les plus passionnants. Et assurément le plus bizarre.

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Sur le papier, Phenomena pourrait ressembler à une esquisse, à une bouffée délirante, mais à l’écran, on accepte davantage les errances du réalisateur, jusque dans une progression hasardeuse qui amplifie cette texture de rêve éveillé. Mais le goût pour les incohérences, les contradictions (une ambiance flottante se mariant mal à une utilisation inopinée de Iron Maiden ou de Motorhead) ou les trous scénaristiques font déjà sentir un véritable relâchement de la part de son auteur. Des défauts déjà visibles dans son œuvre, mais qui ne feront que s’accroître par la suite…

Le retour incessant de motifs (le rasoir, les jolies filles perdues, les visages transperçant les vitres, les demeures qui dérangent, une héroïne à la fois sublimée et malmenée) font de Phenomena une sorte de best-of voire de faux troisième volet à la trilogie des mères, à l’époque inachevée. Mais sa bizarrerie prononcée, son mélange de délicatesse et d’horreur, son originalité, le place quasiment entre parenthèses dans la filmographie d’Argento.

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Alors qu’il massacre sa propre Fiore Argento dès l’introduction et qu’il donne le mauvais rôle à son ex-femme Daria Nicolodi, Argento recueille, tel un oisillon, la beauté encore juvénile de Jennifer Connelly, venant à peine de sortir de son expérience avec Sergio Leone. Comme avec Jessica Harper en son temps, Argento ne décroche pas de sa jolie brunette, véritable Alice au pays des horreurs qui ne cesse de tomber dans de multiples terriers (dont un lui offrant une scène immonde dans un charnier grouillant).

Aux atmosphères baroques et ésotériques de la trilogie des mères, Argento convoque une grâce inédite, fragile, comme lorsque le personnage de Jennifer se venge par une prière d’amour. Phenomena prend les atours d’un conte (chose qu’il reproduira dans Trauma, autre fable bizarroïde mésestimée), avec ses personnages guidés par un fil invisible, ses marâtres (dont la sous-employée Dalila di Lazzaro), ses animaux magiques (comme ce singe revanchard emprunté à Poe, ces lucioles bienveillantes, cette mouche-guide), ses passages secrets, son innocence défiée. On en oublierait des scènes de violence bâclées et une dernière partie certes hallucinante, mais virant vite au Z qui tâche (nain psychopathe inclus).

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Mais au fond, c’est la poésie qui l’emporte : Phenomena capte quelque chose de frémissant, de beau et de terrible, qui transforme les Alpes Suisses en théâtre des ténèbres, en dimension parallèle. Là, dans les vallées qui ne finissent pas, dans le bruissement des arbres, près des lacs endormis, il y a quelque chose. Quand les Goblins ne se déchaînent pas, l’hallucinant morceau de Bill Whyman The Valley réussit à transmettre cet écho indéfinissable, aérien, angoissant. Celui de l’ailleurs qui enchante et fait peur.

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