The Moth Diaries (2011) Mary Harron : Vampyros Lesbos

Mary Harron a certainement des choses à dire, on ne peut pas lui en vouloir. Mais transformer l’essai de son I Shot Andy Warhol ne semble pas une mince affaire : son adaptation d’American Psycho reçu une volée de bois vert toujours aussi justifiée douze ans plus tard. D’un des romans les plus subversifs de sa génération, Harron n’en retiendra qu’un thriller un brin déjanté, trop éloigné de son turbulent modèle. Depuis, c’est l’enterrement télévisuel pour la miss.

Aujourd’hui, l’ère du temps se part de canines crochues, et les adolescents en raffolent. Alors quoi de plus logique que de revenir sur les devants de la scène avec un Twilight-like, mêlant une fois de plus tourments juvéniles et morsure à la jugulaire. L’adaptation du livre du même nom est sans doute moins risquée et on se dit pourquoi pas après tout.

Au coeur d’un pensionnat de jeunes filles, l’amitié de Rebecca et de Lucie est mise en péril par l’arrivée d’une mystérieuse élève : l’intrigante Ernessa. Celle-ci se lie à Lucie avec une facilité déconcertante, provoquant la jalousie et l’inquiétude de sa meilleure amie. Poupée de porcelaine, Ernessa est discrète et sensuelle, peu scrupuleuse de détruire le lien entre les deux jeunes filles. Lucie, subjuguée par sa nouvelle camarade, dépérit au fil des jours et perd de sa force. Rebecca, forcément seule contre tous, voit également ses autres copines disparaître petit à petit, d’une manière ou d’une autre…

The Moth Diairies ne se cache donc pas de sa nature relativement prévisible et classique, et bien qu’il ne soit en rien détestable, perd petit à petit son audience à fort de traîner des pieds. Harron, trop consciente du sujet épineux qu’elle tient entre ses mains, tente de jongler avec autant de sujets sensibles : le suicide, les périls de l’amitié, l’ambiguïté sexuelle, les premiers émois…or tout cela est traité par dessus la jambe et sans grande finesse, Harron se contentant de filmer son actrice principale en train de pleurnicher.

De même que tous les éléments sulfureux (rappelons que nous sommes dans une école dont les pensionnaires sont en pleine émoi sexuel) sont chassés prudemment, touchant par là même l’aspect profondément saphique de la relation entre Lucie et Ernessa (qu’un plan érotique trop furtif tente de colmater vainement). En réalité, The Moth Diairies n’est pas assez cotonneux et mièvre pour réunir le public de Twilight, et sans doute trop sage pour les autres (malgré une scène gore greffée de manière totalement gratuite au récit). Revisiter le mythe de Carmilla sous un angle moderne et plus frais avait pourtant de la tenue, mais la démonstration elle, est trop fainéante pour convaincre totalement (Rebecca étudie le livre de Sheridan Le Fanu en classe et adapte ses soupçons par dessus).

The Moth Diaries n’est donc même pas assez mauvais et idiot pour qu’on s’en moque : la présence de la subjuguante Lily Cole y est sans doute pour quelque chose ; actrice gracile au physique hors du commun, comme tout droit sorti d’un film muet (ou d’un film de la Hammer ?). Elle est la seule raison pour laquelle The Moth Diaries requiert un minimum l’attention.

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