Bronson (2009) Nicolas Winding Refn : The Naked Cage

Rebonds exceptionnels mais surtout occasions désespérées de noyer l’échec de Fear X, Pusher 2 et 3 poussèrent davantage Nicolas Winding Refn dans les retranchements d’un cinéma délibérément coup de poing qui avait encore son mot à dire en dehors des terres danoises. Avec Bronson, Refn impose davantage la loi du plus fort : quoi de mieux, de ce fait, que de transposer les méfaits du prisonnier le plus violent d’Angleterre ?

Ce qu’une telle idée de base promet, Refn s’en fiche : Bronson ne cherche pas à retourner le spectateur par la violence des images (lourde sans être réellement choquante) et encore moins à livrer un simple film de prison. Les prisonniers, les gardiens…peu importe, on dégraisse, de même que la structure dramatique, délaissée au profit d’une série de scénettes hargneuses et grotesques, comme un opéra du poing.

Les personnages ne sont que des silhouettes autour de Michael Petersen,  prolo anglais un peu dingue devenu Charlie Bronson derrière les barreaux suite à un minable casse. Refn se débarrasse même de toute la substance spécifique de la plupart des films de prison : point d’évasion, puisque c’est la recherche de l’isolation qui est recherchée par le personnage principal, faisant de la prison un décor mobile et intenable, faisant défiler tant de cellules et de murs épais. Aux yeux du fameux Bronson, les prisons sont autant de salles de jeux, de lieux de villégiature et de rings possibles, mais avant tout une scène de théâtre pour y irriguer sa folie furieuse.
Charlie Bronson ironise la violence comme Alex le faisait au temps d’Orange Mécanique : rien d’improbable que des auteurs tels que Ken Russell, Lindsay Anderson ou Kubrick soient cités par Refn au détour de ce Bronson, tant on y retrouve la même joie pour l’anarchie, et ce talent pour faire naitre quelque chose à la fois hystérique et racée, jusque dans l’utilisation de morceaux de musique classique. Car ici, il est autant question de violence que d’art, qui sera le second souffle de Charlie Bronson, trouvant par des dessins à mi-chemin entre Crumb et Dali le moyen d’exulter ses pulsions d’ultra-violence. Ce besoin de reconnaissance est d’ailleurs ce qui aurait le plus intéressé Refn, y déployant des obsessions toutes personnelles.
Mais Refn ne s’affranchit pas uniquement des anglais fous cités plus haut : Bronson cite Kenneth Anger à tout va, mais plus discrètement qu’on ne le croît. Le personnage de Bronson himself pourrait être échappé de Scorpio Rising, tant ses besoins de violence dérivent vers une esthétisation à la fois morbide et érotique de fantasmes qu’on aurait peine à définir. Pas de gris-gris pourtant, c’est le corps lui-même de Bronson qui est une oeuvre d’art, qu’il expose et huile à outrance dans des rituels presque tribaux. Le fait que deux personnages homosexuels gravitent autour du personnage et que le tube des Pet Shop Boys, It’s a sin, arrose le hall d’un asile lors d’une scène d’évasion hallucinée, font même office de clin d’oeil à cette homo-érotisation latente.
Bronson, c’était aussi la révélation Tom Hardy, éphèbe entr’aperçu chez Sofia Coppola et Roman Polanski ici méconnaissable en Hercule psychopathe et bouffon au rictus démoniaque. Il en aurait reçu les félicitations du véritable Bronson en personne, encore enfermé aujourd’hui entre quatre grilles comme le laisse présager la terrifiante image finale. 

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