Morse (2008) Tomas Alfreson : L’Amour & la Violence

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Quand Morse est arrivé, avec sa petite ronde à travers les festivals (Niff, Gerardmer, Sitges…), il nous rappelait certaines choses essentielles : que tout ne se passe pas nécessairement du côté des États-Unis (en ce qui concerne le cinéma de genre) et que l’on pouvait encore dire de belles choses, à la fois nouvelles et déjà explorées, avec le fantastique et l’horreur. Et pourtant, ni son réalisateur, ni l’auteur du best-seller à l’origine du film, ne sont des amateurs du genre : à se demander si un regard nouveau, détaché (mais sensible) ne serait pas la clef de tout. Car la grande force de Morse, c’est de ne ressembler à rien d’autre, si ce n’est à lui-même. dans une époque dominée par le référentiel.

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La Suède, dans les années 80. Les nuits sont froides, les nuits sont calmes, les nuits sont blanches. Solitaire, Oskar est un petit garçon aussi pâle que la neige qui tombe dehors. Il vit avec sa mère et souffre en silence, martyrisé par des camarades de plus en plus violents. Ainsi va la vie.

Eli a son âge…depuis longtemps. C’est une vampire. Elle s’installe dans l’appartement voisin, mais ne sort pas. Les fenêtres sont condamnées et l’homme plus âgé qui l’accompagne se fait discret. Un soir, ses deux âmes perdues se croisent : un couteau, un rubik’s cube, cela tient à peu de choses. D’abord, c’est l’incertitude : Oskar a dû mal a cerner cette silhouette sale, androgyne et secrète. Puis ils se revoient, encore et encore. Dans la forêt voisine, on tue un garçon. Un meurtre rituel atroce. Les ennuis ne font alors que commencer…

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L’influence de Stephen King chez John Ajvide Lindqvist était très nette : parler du social pour mieux introduire l’horreur. À l’écran, les nombreuses coupes drastiques fonctionnent à merveille, même si certaines sous-intrigues ont été conservé, comme ces poivrots de comptoir qui ne comprennent pas ce qu’il leur arrivent lorsqu’une gamine vampire leur tombe dessus.
Précise, glacée, mesurée au cordeau, la réalisation d’Alfredson impressionne, explorant une poétique urbaine rarement abordée : les cités endormies, les rideaux de flocons silencieux, les foyers brillants dans la nuit calme, l’écho d’un tube eighties dans une halle trop grande, la blancheur qui éclate…et rougit de sang. Un travail qui force une admiration sans borne, jusque dans les nombreux détails étranges et beaux (le physique polymorphe d’Eli par exemple), qui semblent se glisser à chaque plan.

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Aussi glacé de la tête au pied soit-il, Morse sait se servir habilement de sa froideur apparente : cette fausse tranquillité contraste d’autant plus avec la cruauté sidérante de certaines séquences (la flagellation d’Oscar, le suicide incendiaire, le carnage final, le visage brûlé à l’acide), comme pour piquer la douce torpeur qu’on croit atteindre. Et puis il y a la tendresse qui entoure ses enfants bizarres, ses gosses de la nuit qui se cherchent.
La contemplation d’un amour naissant, étrange, et furieusement beau, où tendresse et horreur cohabitent dans une équilibre fascinant, comme au temps des contes. Alfredson joue avec les points les plus dérangeants du roman (les origines d’Eli, la pédophilie de son compagnon ou le comportement ambigu d’Oskar) mais ne les nie pas, il les esquisse. Juste assez pour conserver toute l’aura vénéneuse de l’oeuvre originale…et la surpasser.

 LE BONUS : 

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Laisse-Moi Entrer (2010) Matt Reeves : Un film d’horreur sensible, original et tenant du jamais vu ? Imaginez donc les américains se bouffer les doigts devant un film suédois qu’ils auront un mal de chien à exporter. Résultat : un remake (et non une nouvelle adaptation, hélas) voit le jour, deux ans après l’original. On se demande ce qu’est venu faire Matt « Cloverfield » Reeves ici, forçant sur le grand guignol dans l’espoir de taire l’étrangeté qui habitait son modèle. On peut au moins lui reconnaître d’avoir opté pour une esthétique radicalement différente, baignant ses comédiens dans des ténèbres crasses et suffocantes. Hormis un somptueux accident de voiture (un des rares ajouts d’ailleurs), jamais Let me In n’essaye d’apporter quoique ce soit vis à vis du film matriciel : il dépouille même, allant jusqu’à gommer l’ambiguïté sexuelle qui faisait en grande partie le sel de cette fable vampirique. Emballé avec soin donc, mais si vain.

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