A Girl Walks Home Alone at Night (2014) Ana Lily Amirpour : Les lèvres rouges

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Romancés, détournés, moqués, usés, les vampires avaient déjà connu une vague parodique dans les 80’s qui escamota le mythe, ce qui n’empêcha pas Anne Rice ou Francis Ford Coppola de les remettre dans le droit chemin. Aujourd’hui, le parcours est le même mais a atteint un point de non retour : les vampires ne font plus peur et sont devenus redoutablement mainstream. Le vampire ennuie et les crocs bandent mous. Tellement, que même l’idée d’un film de vampire iranien ne remue pas plus que ça, surtout lorsque celui-ci annonce lorgner clairement vers Jarmusch (dont on essaye d’oublier encore l’affreux et pédant Only Lovers left alive). Désolé, on a trop donné…

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Ce qui interpelle davantage, c’est déjà la présence d’une réalisatrice aux manettes (rappelons comme elles sont tristement rares dans le cinéma fantastique), une as du skateboard chapeautée par Elijah Wood : pas commun. L’intro, avec son noir et blanc arty, sa zik empruntée à Morricone et son décor de western, sonne comme une Tarantinerie ronflante. Puis petit à petit, la suite décolle…

Dans une ville blanche et morte résonnant au doux nom de Bad City, on ne fait pas grand chose. On meurt à la rigueur. Quand la nuit tombe, une fille voilée traverse les rues et scrute si les mâles se tiennent à carreau. Un faux pas, et elle les croque.

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Là dedans, il y a de l’expressionnisme allemand. Il y a un peu de bd. (la réalisatrice est allée jusqu’à écrire une prequelle en comics) Du Dreyer aussi. Sa femme-vampire vedette, impressionnante, bouffe aussi bien les hommes que l’écran. Un trait de crayon sur les yeux et elle hypnotise, burkah au vent sur son skate, glissant à la lueur des lampadaires. Chez elle, elle ose le bruit, la danse. Aussi impitoyable soit-elle, elle connaîtra l’amour. Ironiquement, ce sera un pauvre garçon ivre, grimé en Dracula.

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Ce que Lily Armipour réussit, comme le très beau Morse en son temps, c’est d’avoir fait quelque chose de méchant qui ne nie pas son romantisme, et encore moins sa dimension pop, faisant tenir à la musique une place de choix dans le récit. Comme ce passage en lévitation où la créature de la nuit vit un coup de foudre inattendu, dans une scène démentielle à se rouler par terre.

Bien que bref, le film d’Armipour a au moins la bonne idée de ne pas jouer sur les lieux communs de la romance vampire/humain et de filer droit. Ce qui en ressort c’est l’élan féministe (de plus en plus présent dans le film de vampire), l’énergie électrique, la beauté blafarde et maligne. Des sensations. Et c’est bien comme ça.

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