Twixt (2011) Francis Ford Coppola : Page Blanche

Voilà bien longtemps que nous sommes habitués aux dérapages (in)contrôlés de Francis Ford Coppola, incapable de se prélasser sur un cinéma conquérant, préférant rebondir sur des oeuvres tantôt intimistes, tantôt inattendues…pour le meilleur et pour le pire !
Cette volonté de rafraîchir une filmographie où plane l’ombre d’œuvres monumentales est une gageure dans le monde féroce des studios : mais après le somptueux Tetro, le retour vers l’horreur baroque (qu’il avait épousé le temps de son stupéfiant Bram Stoker’s Dracula) inquiète plus qu’il n’excite, surtout au vue du résultat final.

Twixt ne part pas vainqueur dès lors : son écrivain pataud (Val Kilmer est devenu le croisement gênant entre Steven Seagal et Gerard Depardieu) venu faire une dédicace minable au fin fond d’une ville biscornue évoque peu discrètement les souvenirs de Twin Peaks (Bruce Dern, en shérif toqué entouré d’abris à oiseaux n’aurait pas fait tâche chez Lynch) et de L’antre de la folie. Les fantômes de Stephen King (le personnage principal en est un ersatz évident) et d’Edgar Allan Poe (apparaissant, lanterne à la main, pour guider le héros sur son chemin mental) sont eux-aussi convoqués, volontairement cette fois, pour servir un curieux retour en arrière (ou une régression ?).

Un retour en arrière vers un Coppola moins rigoureux : Coppola le jeune, celui qui débuta chez Corman (remember Dementia 13) avec une utilisation de la 3D évoquant William Castle, Coppola l’artiste expérimental (voire kitch), interpellant l’esprit de son Rusty James (le mariage de la couleur et du noir et blanc), de Coup de coeur et de son Bram Stoker’s Dracula (beauté du sang, plastique baroque et fascination vampiresque), dans une esthétique à la fois maniériste et grotesque, sublime et laide (le numérique amplifie l’aspect foncièrement cheap du film). A force de vouloir jongler entre le tragique et le comique, Coppola s’y perd : on peut être ébloui le temps d’un plan, avant d’être sévèrement atterré par le suivant, en particulier lors des scènes oniriques, dont l’atmosphère envoûtante mais perfectible, évoque certains films interactifs de l’ère point & click des 90’s.

Coppola délaisse le mystère (à moins que la production ai durement sabordée le film) de son enquête un brin foireuse pour parler de ses fantômes, aussi bien cinématographiques que personnels (et même ceux de Kilmer, quand il le confronte à son ex-femme à la ville, Joanne Walley). En évoquant la mort de son propre fils, il met en jeu une sincérité affolante mais inopinée, comme si le film ne naviguait pas suffisamment entre deux eaux.

Au delà de la poésie bizarre de l’entreprise, de ces gothiques lunaires récitant Baudelaire au milieu de la nuit aux apparitions précieuses d’Elle Fanning, Twixt parle de la souffrance créatrice, celle qui alimente son auteur et lui permet d’exorciser ses démons. Si l’intention est claire, le propos lui, n’engage rien de nouveau ni de transcendant en soit. Et rien n’empêche cela d’être aussi tortueux qu’embarrassant.

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