It Follows (2014) David Robert Mitchell : La peur au ventre

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Inutile de se mentir : cela fait bien deux/trois ans que le cinéma d’horreur s’enterre, comme usé par ses propres excès. Et pourtant, le retour vers la liberté, aussi bien graphique que thématique, aurait dû contribuer à l’effet inverse : à la place, des poncifs qui se répètent sans cesse et une volonté de s’enfermer dans un carcan certes enrichissant pour le box-office (car paradoxalement, le cinéma d’horreur se porte bien côté tiroir caisse) mais beaucoup moins pour les amateurs de sang-neuf. L’impression de revivre la fin des 80’s, une premier mort du genre qui l’a conduit sur l’étalage des video-clubs. Sauf qu’ici, les licences juteuses se multiplient et les dérives du net favorisent amplement le marché du DTV : en forme donc, mais seulement en apparence.

Du coup on se méfie du moindre buzz, et on perd un peu la foi. Mais juste un peu alors, car des films comme It Follows donne un coup de fouet à l’encéphalogramme plat du genre, et heureusement.

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Remarqué à Cannes par les amateurs du genre, It Follows ne suit aucune mode : celle du racolage, de la torture, des fantômes à cheveux longs, des jumpscares abrutissants (ne mentons pas, il y en a ici, mais ils valent le détour), des possédés contorsionnistes, des vidéos poubelles ou des vampires. Et déjà, ça fait quand même du bien.

On sent, dès la mise en place des personnages, que David Cameron Mitchell a déjà fait un tour par le teen-movie : le spleen qui vacille, le bel ennui, la fin des choses, il sait. Sauf qu’ici, quelque chose ne va pas, ça dérape, ça fait peur. Comme si un film de Sofia Coppola se retrouvait subitement contaminé par la fougue fantomatique de John Carpenter. Les premières images, avec cette ado paumée qui tourne encore et encore, fuit on ne sait où, entreprend déjà quelque chose de redoutable : on s’inquiète, mais on ne sait pas exactement pourquoi.

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Comme au bon vieux temps des Griffes de la nuit, avant que Freddy ne devienne un Joker de l’horreur, des ados se retrouvent au prise d’un truc mortel, insaisissable et méchant, pire que n’importe quel gogol à machette, qu’ils vont tenté d’affronter dans leur petite suburb. À l’inverse de Craven et de la majorité du cinéma fantastique actuel, nous ne saurons rien de cette chose, cette malédiction façon Jacques Tourneur qui se refile comme une MST (comprendre plutôt Malédiction Sexuellement Transmissible) : Mitchel a bien capté que ne pas comprendre, c’est déjà la première clef de la peur.

Au delà des nombreuses apparitions réellement dérangeantes (dont nous ne révélons rien), It Follows impressionne surtout dans sa manière de s’approprier la moindre parcelle de décor, maîtrisant subtilement la peur du hors-champ. Car ce qu’on ne voit pas ici, ou peu (l’arrière plan en l’occurrence) vit et palpite. Une idée incroyable qui fait redouter l’intervention de la moindre silhouette, et nous perd dans des décors baignant dans une inquiétante étrangeté totale (parking abandonné où les arbres frissonnent, cabane au bord de la mer, piscine déserte…), Mitchell trouvant l’art de filmer tous les bâtiments, toutes les maisons, comme autant de lieux hantés et moribonds.

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En traitant la sexualité adolescente au cœur de l’horreur même, et ceci sans débordements, It Follows dépasse de plusieurs têtes d’autres productions voisines qui avaient tenté, eux aussi, de combiner montée d’hormones et trouble de la chair…sans succès : DeadGirl et sa zombie violée, Teeth et son vagin denté, Excision et son ado sanglante… La différence ? Mitchell n’a nul intention de choquer. Mais si son but est de faire peur, autant dire que le défi est relevé haut la main.

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