Blanche-Neige, le plus horrible des contes (1997) Michael Cohn : L’heure des contes

Si aujourd’hui la tendance est plutôt de revoir les contes de fées façon second degré, leur faire retrouver toute leur sève horrifique est devenu une autre histoire. Car si les morales, les happy-endings et le façonnage Disney a beaucoup aidé à innocenter les histoires de notre enfance, il est bon de rappeler que les récits de Grimm, de Perrault et ou d’Andersen étaient souvent d’une cruauté impitoyable, autant que n’importe quelle pelloche horrifique. A y regarder de plus près, c’est surtout Le petit chaperon rouge, et sa dimension tout aussi sanglante que sexuelle, qui fit les frais d’un virage à 180 degré au cinéma (comme on a pu le voir dernièrement avec le Twilight-like de Catherine Hardwicke) : et si on passait à autre chose ?

Or difficile de dire si le doublon des Blanche Neige (Tarsem Singh Versus Rupert Sanders) compte revoir à juste titre toute la noirceur des origines : comédie virevoltante contre heroic-fantasy en armure, rien n’est sûr…
Ce fut pourtant l’idée d’un certain Michael Cohn (qui n’eut curieusement plus rien à dire par la suite) en 1997, dans un audacieux petit film manifestement réalisé pour la télévision : à la vue de l’emballage et des intentions, rien ne s’y prête pourtant.

Cette Blanche-Neige là se prend donc la folie de respecter les aspects les plus sombres du conte, jusqu’à même les amplifier : le but de Cohn étant avant tout gonfler l’histoire d’origine, suffisamment pour en faire une oeuvre assez spectaculaire. Les premières minutes justifient le ton en en rien de temps, montrant le bon roi opéré une césarienne sur sa femme mourante dans un flot de sang et de neige. Pas question de faire dans la bluette fantasy à la Lamberto Bava donc…

Cohn libère avec beaucoup de facilité tout le potentiel ténébreux du conte, soit en le respectant à la lettre ou interposant des éléments inédits (le fils mort-né de la reine ou les nains remplacés par des bandits de grands chemins résolument détestables). Il n’est pas interdit alors de se languir, les ambitions affichées étant soient frénés par les origines modestes (la télé…) soit par une histoire trop balisée. En jouant les Jordan au rabais, Cohn souffre parfois de la comparaison d’un film étourdissant tel que La compagnie des loups

De gentiment regardable, ce Blanche Neige devient carrément fascinant quand débarque Sigourney Weaver (épaulé alors par Sam Neil), dans l’un de ses rares contre-emploi. Reine sensuelle, vengeresse et vénéneuse, mère fanée, incestueuse et séductrice, elle n’est plus la queen bitch facile, et c’est d’ailleurs là le point de fort de l’entreprise. La petite Lily/Blanche-Neige est d’ailleurs dépeinte comme une enfant capricieuse et la marâtre comme une créature blessée et envoûtée par la puissance du fameux miroir maléfique. 
En choisissant de ne plus en faire une caricature instantanée (bien que le sadisme phénoménal du personnage finit par totalement investir le récit), Cohn marque plusieurs points. Et que dire que Weaver elle-même, transportée par un personnage féroce qu’elle incarne avec le plus grand des plaisirs, avec toutes les facettes qui vont avec (voire son numéro de dame cramoisie évoquant Metsys ou Bosch). Elle y tient sans aucun doute, le rôle surprenant de toute sa carrière. Et ça vaut bien le coup de croquer dans la pomme…

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