Os Courts #3 : The Snowman & The Sandman : Au revoir les enfants

Invention, mythologie, chimère, fantaisie ; peu importe. Le cortège de nos joies d’enfants fut aussi celui de nos peurs et nos peines, ne tenant parfois qu’à travers des images, des silhouettes, traversant les siècles…

Les deux courts-métrages d’animations choisis ici ont la même universalité dans leurs thèmes, la même intemporalité dans les émotions qu’ils provoquent : on se sent tout de suite petit dès les premières images. Tout est question de perception, de jaillissement. La visée diffère cependant.

THE SNOWMAN (1982) Dianne Jackson

Adapté d’un livre pour enfant, le british The Snowman est plus connu en terre anglo-saxonne que chez nous, ce qui révèle du mini-scandale à la vue de la chose : nulle barrière culturelle ou linguistique au détour de ce conte d’une simplicité désarmante, où un garçonnet voit son bonhomme de neige prendre vie le temps d’une nuit.
Le tout traité sans cynisme aucun (et introduit par David Bowie quand même !), au travers de tableaux à la beauté fragile et sereine, basculant soudainement dans un lyrisme de haute voltige. L’utilisation du titre Walking in the air file, près de trente ans plus tard, la même décharge d’émotion que celle que devaient ressentir les chères petites têtes blondes figées devant leur écran en pyjama. Il y a ce petit quelque chose, dans l’animation et le dessin pastel d’une naïveté réconfortante, qui appartient certes à son époque et nous propulse d’autant mieux des années en arrière, loin de l’armada technologique d’un Disney ; nous renvoyant au plus profond des textures et des échappées offertes, il fut un temps, par la rêverie enfantine. Au happy ending de studio, The Snowman, lui, préfère voir la vérité en face, conscient que l’enfance est un vivier formidable, un songe flottant qui, comme cette amitié éphémère, touche à sa fin quand on s’y attend le moins. Enfilez les écharpes, sortez les mouchoirs…

THE SANDMAN (1992) Paul Berry

A la réponse du coeur, celle de la peur ; The Sandman s’inspire d’Hoffman pour détourner de manière résolument malsaine le mythe du marche de sable, ici un croquemitaine descendant de la lune pour cueillir les petits garçons.

« Plein de curiosité d’apprendre quelque chose de plus précis sur cet homme au sable et sur ses rapports avec nous autres enfants, je demandai enfin à la vieille femme qui avait soin de ma petite sœur : « Quel homme c’était que l’homme au sable ? — Ah, Thanel, répondit celle-ci, tu ne le sais pas encore ? C’est un méchant homme qui vient trouver les enfants quand ils refusent d’aller au lit ; alors il jette de grosses poignées de sable dans leurs yeux, qui sortent tout sanglants de la tête ; puis il les enferme dans un sac, et les emporte dans la lune pour servir de pâture à ses petits, qui sont dans leur nid. Ceux-ci ont, comme les hiboux, des becs crochus avec lesquels ils mangent les yeux aux petits enfants qui ne sont pas sages » L’homme au Sable

Futur animateur chez Burton (qui a dû s’évanouir devant le court-métrage qui ressemble à s’y méprendre à ses travaux), Paul Berry y signe un one-shot tétanisant, indécent de terreur, et pas vraiment prévue à l’usage des petits nenfants. Il réveille les craintes nocturnes et les mystères du noir complet en un tour de main, fignolant des personnages encore plus maladifs que chez Burton. Une belle sueur froide.

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