Bilan Cinéma 2014

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1. Nymphomaniac, de Lars Von Trier : Ils n’ont pas été très nombreux les gestes de scandale cette année au cinéma. Il faut dire qu’à peine 2014 avait commencé, que Trier a bouffé tout le monde tout cru. Sa nymphomane, pathétique et désenchantée, a bien occupé le terrain. À l’homme par qui le scandale arrive d’initier un casting rondement mené à une fresque sexuelle, sordide, sensible, ludique, obscène. Comme dans les 70’s, lorsqu’on osait par provocation, par génie, par insolence. Ce n’est pas une quête érotique, mais une fable odieuse et belle, faites de digressions et de fluides corporels, où le sexe n’est plus nécessairement gratuité, allant jusqu’à réinvestir le rapport aux corps de l’acteur via des fx hallucinants. Plus Bataille que Dorcel en somme.
La découverte de la version longue (évitons de parler de « version non censurée ») confirme que tout était déjà là : Nymphomaniac n’a rien d’un film émasculé ou plutôt excisé. Mais que doit-on en tirer de ce fait ? Surtout un second volume plus étoffé, avec une chronologie un poil renversée et toute une partie absolument immontrable au cinéma, sous peine sans doute de voir les salles se vider. La confirmation d’un geste de cinéma qui fascine autant qu’il fait brailler.

Volume 1 / Volume II

 

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2. Le grand Budapest Hotel, de Wes Anderson : Après un Moonrise Kingdom plutôt « mignon », Wes Anderson délaisse les jeux d’enfants pour une entreprise bien plus vaste. Grand bain chaud dans l’univers de Stefan Zweig, The Grand Budapest hotel télescope la petite et la grande histoire à travers les aventures d’un concierge d’hôtel gérontophile et de son tout jeune lobby-boy. L’imagerie vintage se déploie d’un plan à un autre, le casting ajuste ses quatre étoiles, les voix-off se superposent : tout était déjà là ; mais tout en grimpe de quelques crans. Anderson anime un somptueux tableau tragi-comique dont les facéties et l’énergie rappellent à s’y méprendre un certain Tintin. Son goût pour le faste rose-bonbon, la poésie de maquette, les gags loufoques (et parfois gores !) et les personnages en clowns tristes chatouillent les yeux et l’esprit. Son ouverture et sa conclusion, qui semblent refermer les pages de plusieurs livres, agissent comme un songe lointain qu’on a vécu et aimé, quelque part dans une autre vie.

 

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3. Under the Skin, de Jonathan Glazer : Entre horreur arty et projet fou, Under the Skin réussit à colmater une dramatisation inégale par la noirceur vertigineuse de ses images et de son ton. Une œuvre mal aimable, choquante, en lévitation, vague héritière de Lynch, Cronenberg et Zulawski. Une nouvelle peau pour son actrice, vénéneuse et palpitante, et des fulgurances qui vous brûlent la rétine comme un souvenir tordu. Motards nocturnes, visages boursouflé, marée noire, noyés en pagaille, corps qui se cherchent, route brumeuse. Sacrément bizarre, et donc sacrément beau. > LA CRITIQUE.

 

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4. White God, de Kornel Mundruzco : Avec sa la promo faisant du sur-place (non, ce n’est pas une variation canine de La planète de singes, encore moins un hommage poilu aux Oiseaux) et induisant légèrement le spectateur en erreur, l’argument fantastique de White God, qui n’apparaît que dans sa dernière partie, est voué à souffrir (un peu). Mais ce qu’il reste, un incroyable drame animalier, vaut largement qu’on s’y attarde. Découpé en deux trajectoires : (un teen-movie vaguement dépressif et une descente aux enfers à hauteur de chien façon Beethoven hardcore), la tension ne cesse de s’accroître de scènes en scènes. Quelque chose va éclater, quelque part. Sensationnalisme bruyant ou lyrisme de choix, à vous de voir si le souffle du film de Mundrozsco vous emportera, d’une scène d’abandon insupportable à une révolte canine belle et sauvage, façon vigilante à la sauce Canigou. À la manière du film de Samuel Fuller White Dog (dont il est un hommage plus qu’évident), on nous apprend que les hommes détruisent tout ce qu’ils touchent, et surtout les plus petits qu’eux. Et l’amour, suffira t-il ? Réponse chuchotée dans un dernier instant suspendu, à la beauté folle. Le plus beau de cette année.

 

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5. Tonnerre, de Guillaume Brac / 6. Tristesse Club, de Vincent Mariette : Un double programme Vincent Macaigne c’est un peu facile, avouons-le. Ce qui lie les deux oeuvres, en plus de leur nationalité et de leur acteur (toujours adapte des rôles de loosers) est bien plus étrange. Ni comédies, ni drames, ni thrillers, mais un peu de tout ça à la fois, avec des nappes d’étrangetés qui confinent presque au fantastique. Un hotel abandonné au bord d’un lac liant une fratrie en morceau, entre humour noir et mélancolie ; une petite ville enneigée où le cœur d’un rocker se brise… Les deux films touchent à leur manière, déploient un sens aiguisé de la réalisation (réalisme poétique pour l’un et cadre au cordeau pour l’autre) et n’ont pas peur de bifurquer dans la terreur et la tristesse. Une preuve que le cinéma français étonne encore, et fait plaisir.

 

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7. Boyhood, de Richard Linklater : Assurément l’expérience la plus touchante de l’année. Toujours à la recherche du temps, celui qui court au delà de la pellicule en l’occurence, Linklater agrafe ce qui nous échappe dans une fresque à la simplicité désarmante, et à l’ambition savoureuse. Boyhood c’est donc à la fois un garçon qui grandit, une génération qui défile, une Amérique qui mute et des acteurs qui vieillissent. Sans chercher le drama ou le sensationnalisme, le résultat saisit des souvenirs pour en appeler aux notres. Et c’est splendide. > LA CRITIQUE

 

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8. Palerme, de Emma Dante : Duel pittoresque et cruel entre un couple de lesbiennes au bord de la crise de nerf et une veuve qui n’a plus rien à perdre, Palerme ressuscite une italie rurale qui parle trop fort et un cinéma bien trop cantonné à chuchoter. On sent bien sûr l’écho théâtral de sa créatrice, mais l’apport cinématographique y est grand, toujours à la lisière du western et du cinéma italien des 70’s (on pense forcément au Grand Embouteillage), nappé d’un sens de l’humour et de l’atmosphère qui emporte tout. Et il y a ce plan final, interminable, déchirant, qui vous laisse sur le carreau.

 

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9. Une nouvelle amie, de François Ozon :  Il est entendu qu’Ozon ne parviendra pas à retrouver la subversion qui agitait ses débuts. Mais il essaye, il tente : et on aime bien. Une nouvelle amie est de ceux là, renouant avec un sujet aux couleurs LGBT déjà glorieusement abordé par Dolan (le cross-gender en l’occurrence). Vendu comme un thriller malsain (problème de com’ ? Promo mesquine ?), Une nouvelle amie est surtout une belle romance couleur arc en ciel, où un veuf retrouvant goût à la vie par le travestissement et fascine la meilleure amie de sa défunte épouse. Entre comédie et drame, Ozon jongle avec ce qu’il préfère (des parfums nécrophiles renvoyant à sa première période et à Hitchcock, un Duris tout en kitcherie, des chansons populaires magistralement utilisées), s’amuse et trouble, et émeu souvent (la très belle scène dans la boite gay). Un joli doigt d’honneur aux excités du gender et aux manifestants bleu et rose.

 

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10. Whiplash, de Damien Chazelle : Court gonflé au format long, Whiplash est un film dopé, fiévreux. Pas malade, mais bouillant d’énergie. D’un sujet qui ne se prêtait guère à de tels débordements (un jeune batteur rêve de faire partir des plus grands, soit du film musical initiatique lambda), voilà que l’idée la musique comme une violence et un combat acharné change radicalement la donne. À la fois largué et ambitieux, le personnage principal devra faire face à un ogre de la musique, un professeur perfectionniste et barbare qui épuise ses élèves jusqu’à la dernière goutte. Allant jusqu’à faire passer le R.Lee Ermey de Full Metal Jacket pour un ange, J.K Simmons se lâche en salopard ambigu et dégénéré. Film physique, virtuose et hallucinant, où tout n’est que sueur et sang, Whiplash éclabousse et essouffle.

 

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11. Tom à la ferme, de Xavier Dolan : Virage noir, virage étrange pour un jeune cinéaste qui délaisse la virtuosité pop de son cinéma pour aller vers tout autre chose. Si son Mommy est un beau conte de lumière, bruyant à souhait, Tom à la Ferme enferme et glace. Où comment un deuil peut mener des âmes blessées à laisser leur pulsions s’agiter au grand jour, dans une ferme au milieu de nulle part, là où personne ne vous entendra crier. Exercice, tendu, troublant, jeu SM qui vous attrape à la gorge, comme au vieux temps des Polanski pervers. Moins facile à appréhender que Mommy sans doute, favori du moment, mais tellement plus intriguant. > LA CRITIQUE

 

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12. Praia do Futuro, de Karim Aïnouz : Ils vrombissent dans le sable, et se jettent à la mer. Un des deux n’en ressortira plus jamais. Un homme part, l’autre recommence une histoire d’amour. Partir, revenir : il ne s’agit que de ça ici. Et d’amour. Celui qui nous fait perdre la notion de la distance, celui où on se perd tout court, comme sur cette route brumeuse dans lequel deux motards se perdent à l’infini. Des plages du brésil, belles et dangereuses, à un Berlin en suspension, Praia do Futuro parle de départ et de rencontres, classiques certes, mais avec un lyrisme inattendu et une vraie sensualité, qui arrache le film de la simple pose glacée. Obsédant.
« et j’ai crié Aline, pour qu’elle revienne… « 

LE FLOP :

1. La légende d’Hercule
2. [REC]4 Apocalypse
3. Délivre nous du mal
4. 3x3D
5. Maléfique
6. The Canyons
7. Beaucoup de Bruits pour rien
8. Only Lovers Left Alive
9. Aux yeux des vivants
10. Métamorphoses

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