Paperhouse (1988) Bernard Rose : Dessine moi…une maison

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 Très lié à l’essor de la pop british (on lui doit les clips de Smalltown Boy de Jimmy Sommerville ou de Relax de Frankie goes to Hollywood), Bernard Rose dit très vite bye bye au monde du clip : où comment faire à la fois une belle entrée en matière et une surprenante sortie de route, avec l’objet le plus singulier, le plus insaisissable et le plus marquant qui soit. Si déroutant, que cela pourrait expliquer son échec commercial et sa distribution timide : en France, il ne connaîtra par exemple que les grâces d’une sortie vidéo chez Vestron, placardé entre deux séries B d’horreur. Car finalement, et même aujourd’hui, on ne sait pas exactement ce qu’est réellement Paperhouse. Conte pour adultes ou épouvante pour gosse : cette équilibre étrange pourrait se résumer par l’adoration de Rose pour La nuit du chasseur. Tout est dit.
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Paperhouse s’engouffre aussi dans un surprenant sillage générationnel, entre l’avènement de blockbusters tout public souvent très sombres (L’histoire sans fin ou certains « Dark Disney »),une mouvance onirique plus qu’évidente (La compagnie des loups, Les griffes de la nuit, Dream Demon, Rêves sanglants, Dream Lover...) et des portraits à hauteur d’enfant pas vraiment du genre à faire dans la dentelle (L’enfant miroir, Leolo, Sonny Boy, Laurin, Parents…). Ici, un cahier, quelques crayons et une pincée d’ennui amorcent une splendide trame de fantastique pure : la petite Anna découvre, après avoir dessinée une simple maison, qu’elle peut visiter et modifier son dessin dans ses rêves. Mais gare aux gribouillages…
On aurait pu barboter dans une bluette fantasy : Rose, au contraire, fait baigner son film dans une angoisse sourde, qui semble annoncer le pire. La petite héroïne ne sera pas, comme on aurait pu le faire à Hollywood, idéalisée : Anna est capricieuse, inconstante, délurée, instable. Une gamine, une vraie. Et paradoxalement, aussi exaspérante qu’attachante. Son incroyable interprète, Charlotte Burke, disparaîtra totalement des écrans. À ses côtés, le bouleversant Elliott Spiers, incarnant le petit paraplégique habitant la paperhouse, connaîtra un sort tragique qui amplifie la tristesse de certaines séquences, dont une confession au bord d’une fenêtre, étrangement prophétique…
A l’opposé de La compagnie des loups, ouvertement sexué, Paperhouse ne déploie jamais explicitement sa symbolique psy, laissant par un geste sous-terrain le spectateur interpréter tout ce qui gravite autour de la paperhouse. En particulier un rapport au père complexe, où comment l’absence (et peut-être…autre chose ?) agite les sentiments mêlés d’une petite fille pour ensuite conduire à des répercutions catastrophiques. Volontiers terrifiant, Paperhouse réinvente la figure du boogeyman là où on ne l’attends pas.
Échappant à toutes règles établies, Paperhouse ne se réfugie pas non plus derrière un manichéisme de fable : sa dernière partie que l’on vit comme une intrusion, parce que débarquant après l’apothéose, pose sa loupe sur une enfance meurtrie, kaput. Le lyrisme de l’épilogue (avec la musique vrombissante de Hanz Zimmer) en ferait presque oublier la noirceur de son propos. Presque.

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