Chaque Soir à Neuf Heures (1967) Jack Clayton : Au revoir les enfants

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« Where is your loved one gone, O most fair among women ? Where is your loved one turned away, that we may go looking for him with youv?
My loved one is gone down into his garden, to the beds of spices, to take food in the gardens, and to get lilies. 
I am for my loved one, and my loved one is for me ; he takes food among the lilies.
By night on my bed I was looking for him who is the love of my soul : I was looking for him, but I did not see him […]when I came face to face with him who is the love of my soul. I took him by the hands, and did not let him go, till I had taken him into my mother’s house, and into the room of her who gave me birth. »

Par le biais de trois auteurs (Henry James, Julian Gloag et Ray Bradbury), Jack Clayton eu le loisir d’explorer différences facettes de l’enfance, univers fragile mais jamais innocent qu’il a toujours soigneusement teinté d’un éclairage surnaturel. Mais entre les névroses gothiques de The Innocents et le pandémonium maléfique de La foire des ténèbres, Our Mother’s house fait figure d’objet perdu, auquel on ne doit sa visibilité qu’à de rares diffusions télés. Il est pourtant le plus beau et le plus bouleversant des trois films, malgré une apparence moins tapageuse et moins ambitieuse, du moins en surface.

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La résidence Hook abrite sous son toit pas moins de sept garnements, tous aux petits soins de leur mère souffrante. Il y a les « grands », Elsa, Hubbert, Dunstan et Diane, et les plus petits, Gerty, Jiminee et Willie, tous unis pour le meilleur et pour le pire. Or, c’est bien le pire qui arrive : la mère décède, laissant les enfants désemparés, à la merci dont on ne sait quel orphelinat. Plein de ressources, ils décident pourtant de faire comme si rien n’était et enterrent leur mère dans le jardin, cachant ainsi au monde extérieur le terrible drame. C’est à l’emplacement du corps qu’ils construisent un tabernacle où ils se réunissent tous les soirs à neuf heures précise : la jeune Diane entre alors en transe, et les enfants communiquent avec leur mère par le biais de ces séances de spiritisme dont on ne connaîtra jamais la véracité…

Clayton ne dessine pourtant pas une ghost story, et intègre cet unique élément fantastique de manière naturel au récit : le soucis se situe bien ailleurs, à savoir dans le fossé que les enfants creusent entre le monde des adultes et leur microcosme admirablement géré (du moins jusqu’à que la religion s’en mêle). Une délimitation rapidement escamotée par l’arrivée du père, un jouisseur né achetant l’affection des enfants avant de se retourner contre eux. Habitué à l’époque aux rôles suaves et ambigus, Dick Borgarde tient admirablement tête à cette ribambelle.

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Vers les chemin sinueux du drame familial, Our mother’s house en évite pourtant les pièges les plus évidents ; la complaisance morbide dans le sujet qu’il traite (les enfants face à la mort), la niaiserie patentée, la facilité horrifique ; rien de tout cela.

Clayton divise avec beaucoup de délicatesse les caractères de ses enfants, tous attachants et merveilleux (dont Mark Lester, le Oliver de Carol Reed, et une Pamela Franklin décidément habituée aux rôles de catalyseur et d’hystérique), mais surtout d’une authenticité payante ; la mort plane c’est une chose, et si elle n’empêche pas les larmes, elle n’empêche pas non plus les rires. Clayton touche à l’essentiel : donner une vie propre, crédible et foisonnante à un huis-clos qu’on imaginait plein de morgue.

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La finesse et la dureté du propos ne pouvaient alors trouver un aussi beau point d’ancrage que le score d’un George Delerue admirablement inspiré, livrant une de ses compositions les plus renversantes : loin d’être purement décoratif, il accompagne une intensité dramatique à frémir, évoque les turpitudes de l’enfance et ses derniers balbutiements, la fin d’un rêve qu’on pensait éternel. À l’image du film, il marie la légèreté et la gravité avec une puissance insoupçonnée. Définitivement une oeuvre rare dont il faut profiter de l’inestimable beauté.

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