La Nuit Déchirée (1992) Mick Garris : Félin pour l’autre

Quand on s’appelle Stephen King, il suffit de pas grand chose pour que la moindre petite série Z se permet de taper dans la caisse : c’est le problème que posera les nombreuses nouvelles de Danse Macabre, souvent succinctes à l’origine et rallongées de manière indécente en guise de nourrir les vidéos-clubs avides…ou les salles obscures. Exemple frappant : Le Cobaye et La Nuit déchirée débarquent sur les écrans en Juillet 92 à quelques semaines d’intervalle. 
Le premier est un scénario retrouvé dans un coin de poubelle ayant fusionné avec une nouvelle du livre sus-cité, le second est le premier scénario de King écrit pour le cinéma. Moins douteux donc, sauf qu’on ne peut pas dire que King est signé son histoire la plus ambitieuse : en vérité, on sent l’idée balancée sur un coin de table, entre deux pavés bien juteux (et pas des moindres : King venait de terminer Le fléau, Bazaar et Jessie ; difficile donc de parler de bouquins écrits à la petite semaine).

Situé en plein coeur de cette tornade licencieuse (adaptations à la tv, sortie de Simetierre 2…), Sleepwalkers (référence très soulignée au fabuleux titre de Johnny & Santo Sleepwalk) marque le début de la longue collaboration entre King et Mick Garris, qui consacrera 80 % de sa carrière au célèbre écrivain du Maine : ici, le problème de l’adaptation ne se pose plus, lui laissant jouir d’une certaine liberté aux yeux du public après un Critters 2 supérieur à son prédécesseur.

On parlait d’histoire croquée sur un bout de table : Sleepwalkers aurait pu être à vrai dire un épisode des Contes de la Crypte, et pour cause : Garris et King s’efforcent de tirer les grands traits d’une histoire qui ne révèle pas tous ses mystères et préfèrent aller à l’essentiel. Le divertissement est au moins assuré…

Mary et Charles Brady (son fiston) forme une famille réduite, mais discrète et charmante : derrière leurs apparences onctueuses, ce sont des félidés, soit une lignée de vampires félins se nourrissant de l’énergie vitale des jeunes filles vierges, traversant les siècles en copulant en famille (élément vaguement repiqué au Cat People de Paul Schrader). Bien que dotés d’une force extraordinaire, ces créatures ont les chats – leur seule faiblesse – en horreur : tandis qu’une armée de minous afflue devant la maison de leur nouveau patelin, Charles jette son dévolue sur sa nouvelle proie, la jolie Tania…

Cas fort curieux que ce Sleepwalkers vivement malsain quand il s’attarde sur ses stars surnaturelles (avec des scènes d’incestes étonnement frontales !) et même plaisant lorsqu’il insiste sur sa parenté Kingienne (cette impression diffuse que les 50’s semble parfumer encore et toujours les petites rues du Maine) mais traversé d’un second degré mi-amusant (caméos de King, Clive Barker, Joe Dante, Mark Hamill, John Landis ou Tobe Hooper !), mi-gênant le reste du temps (fraîchement sorti du Lagon Bleu, Brian Krause en fait des caisses sous son maquillage ripou). 
Son efficacité est quant à elle mise à mal par le design catastrophique des créatures, exposées d’ailleurs grossièrement, sans compter des tentatives de morphings carrément discutables. Une précipitation telle dans les détails (le background des félidés est à peine effleuré, l’ambiguïté entre Charles et Tania est tuée dans l’oeuf) rapproche le résultat final d’un DTV d’horreur de bonne famille, légèrement passe partout et suffisamment généreux (quelques scènes gores) pour attirer le chaland.
Le trouble et la séduction s’opèrent plus loin : déjà dans l’utilisation du Bodicea d’Enya, mélodie lointaine et dépressive qui semble appartenir parfois à un autre film, et surtout lors des apparitions d’Alice Kridge, dame sauvage et grande actrice sous employée (c’était elle le spectre suintant le sexe putride dans Le fantôme de Milburn), ici impeccable en maman assoiffée toutes griffes dehors. Piquante et langoureuse, elle reste la valeur sûre d’un produit brinquebalant. 

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