La Nuit des Morts-Vivants (1990) Tom Savini : Déjà Mort

À une période où ni les remakes, ni les zombies n’étaient encore revenus à la mode (sans compter la forme assez moyenne du cinéma d’horreur), le reshoot de La Nuit des Morts-vivants ne pouvait que passer inaperçu, sautant même la case grand écran dans l’hexagone. Qui en effet, pouvait miser sur la relecture d’un classique ayant placé les bases d’un sous-genre à part entière, avait inventé une nouvelle mythologie monstrueuse et provoqué tant de rip-off et de plagiats, que toute reproduction officielle ne pouvait provoquer que quelques bâillements polis ? Pas grand monde…

Aussi important et grand soit-il, La Nuit des Morts-vivants premier du nom n’a pourtant jamais donné la possibilité à son auteur de jouir de son capital populaire : celui étant libre de droits, Romero ne sait jamais mis plein les fouilles de son bébé, et seul un remake pouvait guérir cette blessure. Il offre alors les rennes de cette entreprise à son ami Tom Savini (le tout produit par Menhahem Golan) célèbre maquilleur canonisé Roi du Gore qu’il rendit célèbre avec Zombie. De la part d’un trublion pareil, on pouvait s’attendre à une relecture débridée et graphique. Magie du cinéma, c’est l’inverse qui se produit…et même bien plus encore.

Aussi important soit-il, Night of the living dead a, avec le temps, pris la couleur d’un brouillon, d’un morceau de cinéma d’exploitation à petit budget qui a su imposer de réelles nouveautés dans un cinéma en gestation : oui, le Romero était une révolution, mais rien ne l’empêche d’avoir pris un sacré coup dans le museau. Un remake pouvait-il vraiment lui faire du mal ? Pas sûr : Savini administre les couleurs absentes du précédent film, mais lui certifie également une nouvelle vie. Le Roi du Ketchup ne cherche pas à enterrer son prédécesseur, mais offrir une alternative, même aux connaisseurs. On s’éloigne alors de la pâle copie redoutée…

Ce que Savini ne peut reproduire, à savoir l’ambiance sixties puant la mort sèche et le chaos social hors pellicule, il le redessine : Night of the living dead façon 90’s ne prétend pas être cool et branché, et instaure aussi un climat morbide inédit, de rase campagne malade et envoûtée comme celle d’un Simetierre tourné d’ailleurs à la même époque.
Au delà d’un repas anthropophage devenu mythique et d’un meurtre sordide à la truelle, l’original n’étalait pas autant ses tripes saillantes qu’un Zombie ou qu’un Day of the dead : Savini, bien que rattaché à une imagerie dégoulinante, se refuse à repeindre les murs de sang. Sa nuit est violente certes, mais jamais racoleuse dans ses effets (la seule scène de cannibalisme est ainsi filmée de loin) : une initiative un peu atténuée par une MPAA visiblement très sévère, qui lui a subtilisé quelques têtes explosées. On reste loin des débordements actuels en matière d’invasion zombiesque.

Cette retenue, jamais gênante, contribue à la rigueur de l’entreprise : Savini reprend certes la trame dans les grandes lignes mais en change le sens par le biais du personnage de Barbara. Silhouette hystérique donc on se laissait vite dans l’original, elle devient ici une jeune femme déterminée à affronter ses terreurs.
Il faut dire qu’entretemps, les personnages de Gaylen Ross dans Dawn of the Dead (qui se maquillait avec son gun dans les mains) et de Lori Cardille dans Day of the Dead (qui tenait tête à un tribu de macho dégénérés) avaient tout de même sacrément changé la donne.

Le reste est gardé intacte (dont Tony « Candyman » Todd, plus touchant que Duane Jones) mais l’effet papillon s’opère avec beaucoup de malice : l’épilogue se permet de se rattacher géographiquement à Dawn of the Dead et tout le propos lié aux événements des 60’s est balayé au profit d’une conclusion plus universelle mais toute aussi noire.

En changeant sa destinée, Barbara réussit à survivre et à s’enfuir mais découvre la carte d’un monde qui ne sera jamais plus le même, faisant resurgir les plus bas instincts de l’homme au nom de l’affrontement des non-vivants : un portrait si sombre, si marquant, que Romero ne manquera pas de le piquer à son comparse pour continuer médiocrement sa saga zombiesque (en particulier dans Diary of the Dead). Mais jamais il ne retrouvera le malaise profond de ce remake, dont les images du générique, avec sa musique rock comme surgit d’une tombe fraîchement ouverte, hantent bien plus que tous les films de la saga réunis. They’re us. We’re them and they’re us.

 

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