Pig (1999) Nico B & The Bunny Game (2010) Adam Rehmeier : Why God permits Evil ?

Un porc. Des victimes, des tortionnaires. Un no man’s land décoloré. Voilà ce qui lient Pig et The Bunny Game, treize ans et soixante minutes de différences pour deux expériences extrêmes issues des cerveaux les plus malades qui soient. Chacune proclame son identité mais on ne peut s’empêcher en effet de penser à Pig en découvrant le récent film d’Adam Rehmeier, considéré comme une des oeuvres les plus problématiques de ces derniers années avec le diptyque Human Centipede et A Serbian Movie. Sauf que celui-ci a un avantage par rapport à ses camarades déchaînés : il ne vise pas l’étalage de barbaque.

Les dix premières minutes, fermement cadenassées à un quotidien sordide, scrutent la rengaine d’une prostituée qui, entre deux passes cradingues (et pas toujours simulées…), multiplie les rails de coke. Elle, c’est Rodleen Getsic, non professionnelle certes mais rodée : peu étrangère de l’horreur sociale (elle a déjà connu un cas d’enlèvement), elle mime une catharsis sans précédent. Repêché par un camionneur vicelard, son personnage se retrouve enchaîné au fond d’un camion, à la merci des pires obsessions d’un satyre visiblement coutumier du fait.
L’humiliation est filmée de manière névrotique, frénétique, comme un cauchemar sans fin : on pense à toute la seconde partie de Martyrs, où la femme devenait ce corps tondu, ce corps objet qu’on vidait lentement de toute substance, fantôme incertain d’une Shoah plus très lointaine. Les dernières images réorganisent la mémoire du martyr religieux (sempiternelle image de la croix), convoquent l’ouverture non plus vers un ailleurs, mais vers la vie, appellent à une transcendance éprouvante.

Il n’est pas interdit de songer à de nombreux films pré-torture porn et à d’autres titres crapoteux aux sujets plus ou moins éloignés (Guinea Pig 2 ou Scrapbook) : Rehmeier n’a certes pas encore l’idée de donner une substance à son fond, mais il en donne à sa forme, proche du clip. L’idée était de tirer ces scènes de tortures vers une abstraction étrange, leur donner une vie autre, les esthétiser, tirer ces cris et ces pleurs vers une symphonie de l’abomination : c’est efficace, et c’est sans compter sur le talent des deux acteurs, totalement investis jusque dans leur chair.

Son ancêtre est certes plus court, mais plus dérangeant sur bien des aspects : bien avant son suicide (ambiance…) le chanteur du groupe Christian Death, Rozz Williams, s’est adonné à une performance morbide, épaulé par un certain Nico B. Durant vingt minutes, un homme (Rozz himself) torture une victime masquée et consentante dans une maison abandonnée au coeur de la vallée de la mort, dans un rite aux allures de messe noire.

Piercings extrêmes, scarifications, sexe percé, carnet agité de collages démoniaques : de tripatouillages surréalistes à la Bunuel jusqu’aux visions cliniques de Rudolf Schwarzkogler, Pig fait fort et fait mal, dérange aussi bien par la violence muette de ses horreurs que la terreur qu’il suggère. Tel un Eraserhead sous influence snuff, il offre le déversement d’une âme torturée et son désir d’écorcher son image par le biais d’une mise en scène à peine faussée.

Sans doute plus infiniment fou que le mimétisme d’un Bunny Game plus pensé, moins maudit dans sa chair, et dont il reprend certains attributs (le désert mortifiant délivrant le néant pour mieux préparer à l’enfer, et le masque de cochon, symbole outré de l’homme en totale régression). Dans les deux cas, attendez vous à passer un sale quart d’heure…

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