Electric Dreams (1984) Steve Barron : Connecting People

Les années 80’s ; l’ère du son et de la lumière. Pouvoir de l’image, débauche de pub, contre-attaque de clips : l’orgie visuelle, pas toujours du meilleur goût, avait bien eu lieu. Ce que les clippeurs s’étaient appropriés, ils allaient l’apporter au cinéma, et même y contribuer. Quand l’esbroufe visuelle reprend ses droits, certains frétillent, d’autres éructent : la frime visuelle, de Alan Parker en passant par Tony Scott ou Russell Mulcahy, allaient faire école. Autre pilier de cet héritage clip, Steve Barron, décide lui aussi de mettre à la main à la pâte : à l’époque, le bonhomme s’était occupé des plus grands à la mode : Michael Jackson ,Rod Stewart, The Human League, ZZ Top, A-ha, Dire Straits, Toto, Bryan Adams…un cv généreux.
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C’est d’ailleurs cette générosité qui caractérise tant le style d’une époque tape à l’oeil, où la forme l’emporte sur le fond : Electric Dreams est une bluette électronique qui se pose surtout en jouet rutilant et moderne. Car en plus de son habit clipesque, Electric Dreams se marie aux caprices de son époque en mettant en avant la folie informatique : les ordinateurs, devenus accessibles, envahissent les foyers et le cinéma, comme le prouvait à la même période Wargames, Tron ou Weird Science.
C’est ainsi le point de départ d’une comédie romantique dont les interférences sont dû à l’apparition d’Edgar, un ordinateur ultra-perfectionné doté d’une intelligence artificielle redoutable, en particulier lorsqu’il cherche à percer les secrets de l’amour et tombe sous le charme de la jolie Madeline, déjà convoitée par son propriétaire Miles (un sosie troublant de Thierry Lhermitte).

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 L’I.A rebelle ne datait cependant pas d’hier : le Hal de 2001 l’odyssée de l’espace le savait bien. Mais on pense surtout à une sorte de Generation Proteus à l’eau de rose, cette adaptation de Dean Koontz où Julie Christie se retrouvait traquée par un robot violeur. Ici Edgar ne manque pas de tuer son propriétaire en foutant le boxon, mais il est plutôt du style à jouer du violon avec la femme qu’il convoite.
 L’identité visuelle d’Electric Dreams était, même à son époque, à la fois sa qualité et son défaut : un film tout fou certes, mais aussi chatoyant, agité, clignotant, quasiment publicitaire en fait, à l’image de son final qui recrache toute la fantaisie plastique d’une époque devenue aujourd’hui hilarante dans son insouciance démesurée. Aujourd’hui, on peut vomir ou s’amuser de cette maestria qui cherche à en mettre plein la vue, quitte à ne plus avoir les pieds sur terre.
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Dans sa kitcherie overdosée, Electric Dreams se proclame produit de son époque et la b.o voit défiler énergiquement E.L.O, Giorgio Moroder, Culture Club, Human League : Barron compose ainsi ses séquences en autant de clips possibles, imposant un rythme endiablé à son triangle amoureux. Même avec sa technologie d’un autre temps, Electric Dreams ne manque ni de ressources ni d’imagination : Edgar n’était peut-être pas encore à l’heure d’Internet et de la 3D mais ça n’empêchait pas Barron de tisser des des trésors d’inventivités pour rendre sa machine vivante. Et au delà de la débauche d’effets visuels, Electric Dreams est surtout étonnement émouvant, en particulier lorsque l’agressivité d’Edgar laisse place à un mélange de naïveté et de lucidité presque enfantin. Sa manière de charmer une dernière fois sa promise avant de connaître une triste épiphanie sous sa pluie de larmes, serre quand même notre petit coeur fluo en caoutchouc. Il y a dans Electric Dreams, toute la fraîcheur (perdue) des 80’s. Et c’est beau.
 

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