The Cement Garden (1993) Andrew Birkin : Inceste de Citron

     « Girls can wear jeans, and cut their hair short, wear shirts and boots, because it’s OK to be a boy… 

But for a boy to look like a girl is degrading, ’cause you think that being a girl is degrading, but secretly you’d love to know what it’s like wouldn’t you : what it feels like for a girl »

S’il y a une chose que ce Cement Garden cimente, c’est bien les habitudes des membres de la famille Birkin/Gainsbourg : d’un côté, Andrew Birkin (frère de Jane), traverse le cinéma par le biais d’adaptation florissantes (Zweig, Susking, Eco, Groult…), de l’autre les demoiselles Gainsbourg semblent, comme encore sous l’aura du patriarche, essuyer le souffre dans leur filmographique : alors que Jane Birkin s’amourachait d’un garçon de quatorze ans dans Kung Fu Master !, la petite Charlotte ressert des liens quasi-incestueux avec son Papa au détour d’un album et d’un film (forcément provoc), et sort de l’écurie Blier. Son oncle l’invite alors à vivre un nouvel inceste dans une adaptation de Ian McEwan, étrange objet dont on n’ose plus trop parler malgré un ours d’argent raflé à Berlin.

On pourrait situer l’action, par réflexe, en Angleterre : mais tout le film de Birkin semble construit hors des temps et des modes ; voire plus loin, de la morale. Il y a cette maison sévère, inconfortable, s’élevant au milieu d’une banlieue faisant vaguement office de no man’s land : le lien avec le reste du monde, l’école, reste malgré tout assez tenu. Les premières images distillent un malaise persistant, uniquement de par son esthétique, insalubre, et allant pourrissante de minutes en minutes. 
Au coeur de ce futur mausolée, on ne parle pas beaucoup : on compte pourtant quatre enfants, eux aussi pompés semble t-il par cette atmosphère sans joie. Un jour, le père meurt en voulant rénover le jardin à grands coups de ciment frais. Une liberté s’instaure petit à petit dans la maison, plutôt qu’un mal être :  alors que le petit Tom découvre son homosexualité lentement et sûrement, Jack et Julie, les aînés, voient leur relation conflictuelle se teinter d’ambiguité. Bientôt, la mort brutale de la mère va finir par parachever cette amorce de chaos insouciant.
La manière dont ces enfants finissent par se refermer sur eux-mêmes pour inventer un microcosme voilé aux yeux du monde n’est pas sans rappeler celui de Chaque soir à neuf heures, dont il est une variation définitivement sordide. L’air de rien, tout se canalise autour de la figure de Jack, l’homme de la famille en devenir, spectre androgyne et boutonneux, onaniste narcissique à temps plein. Il vit dès lors l’éveil à la sexualité et le passage à l’âge adulte dans un sanctuaire de mort, disposant de moins en moins de limites et de retenu dans cet univers trop incertain : ses pulsions transforment le regard qu’il porte sur sa soeur, où quand la rivalité devient jalousie puis lentement désir.
Plus que dans la situation scabreuse qu’il dépeint, Birkin génère le malaise dans les matières, les couleurs, les objets : la cuisine se couvrant de nourriture et de saleté ; la poussière et la rouille de la décharge ; le ciment qui asphyxie le spectateur dès les premiers moments et vient se répandre, recouvrir, se briser ; la crème étalée sur le corps de la soeur désirée, geste soudainement obscène…
En captant les tabous et la fantasmagorie du monde adolescent, Birkin loupe parfois le coche du lyrisme, perd en souffle dans sa dernière partie (ces vieilles vidéos de vacances comme coquetteries visuelles bien inutiles), mais laisse des empreintes et des parfums sacrement perturbants, se confluant dans une sorte de pureté malsaine.

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