À la recherche de Mister Goodbar (1978) Richard Brooks : In the Heat of the Night

Nous voilà à la fin des Seventies. Autre temps oui. Autres moeurs ? Rien n’est moins sûr…
On pourrait se contenter de prendre Looking for Mr Goodbar pour ce qu’il est vaguement en premier lieu : un produit de son époque. Produit vieillot ? Sûrement pas. Mais un objet fascinant, redoutable, un peu comme le sera Cruising un an plus tard. 
On connaissait Diane Keaton femme libre chez Woody Allen, elle le sera davantage ici dans le rôle de Theresa, venant de découvrir l’amour mature et passager dans les bras de son prof de fac. Mauvaise idée, l’homme marié passera à autre chose, et elle ne gardera que la souffrance provoquée par ses sentiments. 
Entre ses parents pieux et sévères qui lui ont toujours préféré sa soeur secrètement libertine et une enfance marquée au fer rouge par une scoliose paralysante, Theresa jette l’éponge et s’investit dans une nouvelle vie : institutrice auprès d’enfants sourds et muets – ses enfants qu’elle n’aura jamais -, elle décide de diriger son corps et ses envies comme elle l’entend, en particulier lorsque la nuit tombe. Elle écume alors les bars, les dancings et les ruelles interlopes, en quête de vie et de sensations. 
Au delà d’un portrait de femme indépendante sans fioritures, que vient tempérer la douceur tout en contraste de Keaton, Looking for Mr Goodbar est le tableau superbe de la fin d’une décennie, en plein « après révolution sexuelle ». Les néons clignotants, les bars fumants, la disco rutilante, la maladie absente : Richard Brooks filme sans chichi les excès d’une décennie maintenant lointaine. Le générique et son ballet de photographies rugueuses sont déjà à eux seuls un magnifique télescopage de cette génération amatrice de vertiges. Theresa suit ce mouvement social, cette liberté de ton, qui se fiche des interdits : l’échangisme, le goût de l’inconnu, la prise de drogue, l’homosexualité…
Un univers qui ne connaissait pas encore la mortification des plaisirs, dû en particulier à l’arrivée du SIDA : la capote y est encore un morceau de caoutchouc extra-terreste, désopilant et aberrant. 
Ces chemins hasardeux vers l’excès, vont-ils mener Theresa vers un paradis des sens, vers une vérité, ou face à un mur ? L’inconscience du personnage commence d’ailleurs à prendre forme, d’aventures en aventures, comme avec ce bad boy cinglé incarné par un Richard Gere en jockstrap hyperactif. 
Le dernier acte, fatal et encore hautement traumatisant de nos jours, dévoile le malaise derrière la débauche apparente : Brooks joue les troubles-fêtes, les ambigus. Déjà parce qu’on ne sait pas si cet épilogue se proclame moralisateur, mais aussi car il impose un personnage d’homosexuel – semblant surgit d’un bouquin de Genet – encore bien trop dans les canons hollywoodiens de l’époque : dépressif, errant, dérangé et forcément malsain. De là à angéliser la communauté homosexuelle il n’y a qu’un pas, mais lorsque l’on connaît la fâcheuse tendance des studios de l’époque à diaboliser plutôt qu’à rétablir…
Griffe reac, fait divers de plus ou constat amère, à vous de juger cette ballade nocturne, mais surtout formidable témoin essentiel et déroutant des 70’s.

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