Kytice (2000) F.A Brabec : Le temps d’aimer et le temps de mourir

Suivant le courant d’une exploitation insatisfaisante, le cinéma de l’Est reste par bien des aspects, aussi mystérieux que précieux. On en revient à découvrir ses vestiges avec quelques trains de retard, mais aussi des oeuvres plus récents encore inédites, comme ce fameux Kytice.

Ce que le film tout entier symbolise de par son titre, c’est son corps même, à savoir une anthologie en guise de bouquet. Comme les fleurs, chaque conte est enveloppé dans son parfum et sa couleur : du bleu et du blanc, du jaune, du rouge, du noir. Le bouquet, c’est aussi ces fleurs qui ouvrent la première histoire, où une mère de famille frappée par la foudre laissera une tombe couverte d’une végétation luxuriante.
Toutes ces histoires, issues du recueil – du même nom – de Karel Jaromir Erben (comptant six histoires de plus que le film), trouvent leur source dans le folklore tchèque, dont la beauté pastorale explose ici à chaque image. Kytice met en effet le paquet lorsqu’il s’agit de célébrer la féerie de ces campagnes d’autrefois, où la magie ne fait qu’un avec les saisons. Rien de surprenant à ce que chaque conte remonte en effet le fil d’une année entière : la floraison enivrante du Printemps, le soleil cruel de l’été, le magnifique manteau de l’automne puis l’hiver, dur et froid.
Découpé comme autant de tableaux majestueux et vivants, Kytice ne verra sans doute pas son esthétique maniériste et clinquante accueillie à bras ouvert par tout le monde (couleurs forcées, ralentis à foison, musique abondante) : mais ce sens du merveilleux fortement démonstratif est sans cesse contrebalancé par la gravité des histoires dépeintes. Loin de ressembler à une kermesse d’école appliquée et inoffensive, Kytice est une oeuvre constamment hantée par le spectre de la mort, et chaque histoire voit passer une vie à trépas, symbolisée par sept bougies s’éteignant les unes après les autres.

Il y a certes des jeunes filles souriantes au coin du feu, des mères aimantes, des vierges gambadant dans la forêt et des nymphes superbes, mais aussi des cadavres grinçants comme du bois, des créatures marines aussi amoureuses que cruelles, des sorcières hideuses traversant la campagne. Cette frontalité parfois tout simplement dérangeante nous renvoie à nos contes (Grimm, Anderson et compagnie), dont on a souvent oublié l’ampleur morbide et horrifique au détriment des belles images et de la morale. Il arrive aussi que les princesses se fassent démembrées et que les enfants soient emportés à jamais…

Malgré la faiblesse des derniers segments (en particulier celui du Rouet doré, trop outré pour totalement séduire), cette sarabande d’âmes perdues inquiète autant qu’elle enchante, symphonie de la beauté égarée et des peurs enfouies. 

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