La Mort Vous Va Si Bien (1992) Robert Zemeckis : Six Feet Over

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Progéniture assumée de la génération Amblin, Robert Zemeckis aime manifestement ce qui bouge et ce qui file vite. Un amoureux de la prouesse technique qui n’allait pas s’arrêter en si bon chemin après ses Retour vers le futur et son Qui veut la peau de Roger Rabbit : ce goût pour l’innovation visuelle tombait alors à point nommé, là où à la même époque un certain James Cameron entendait bien lui aussi, changer les choses (sans compter Spielberg). La même année que Terminator 2 : Le Jugement dernier, Zemeckis apporte une nouvelle pierre à l’édifice des effets spéciaux digitaux avec La mort vous va si bien, qui s’éloigne radicalement de l’esprit Amblin de ses films précédents pour se mêler davantage à un autre univers dont il est particulièrement familier : celui des E.C Comics, puisqu’ayant parrainé la série Tales from the Crypt pour HBO à la fin des années 80.
En mettant de côté les dérives visuelles de la ILM (qui ont tenu plus ou moins le coup), le résultat est assez autre, voire inquiétant. On peut s’étonner en effet de voir un esprit aussi léger que Zemeckis sortir de ses courses poursuites temporelles et de ses toons hystériques pour filmer un jeu de massacre plus proche des comédies de Danny DeVito, ne se gênant pas pour viser là où ça fait mal. La démonstration n’est pas d’une grande finesse, mais elle fait résolument jubiler.
En pleine phase comédie, Meryl Streep s’éclate déjà en starlette croqueuse d’hommes traquant la moindre ride sur son front. Mariée à un chirurgien célèbre préférant se noyer dans l’alcool pour oublier sa reconversion en maquilleur mortuaire, elle voit le bout sa carrière et de sa jeunesse pointer le bout de son nez : sauf lorsqu’une connaissance lui glisse une carte pour un rendez-vous très spécial avec une prêtresse capable de donner la vie éternelle contre un chèque bien remplie. Le résultat ne se fait pas attendre, lui donnant ainsi l’occasion de narguer son mari et sa meilleure ennemie, en plein come-back foudroyant. Mais la potion de jouvence a aussi ses effets secondaires…
Zemeckis se réjouit non seulement de faire mumuse avec ses acteurs jouets, jusqu’à les briser avec un sadisme à peine dissimulé : tour à tour gonflé, vidé, troué, amoché ou craquelé, son casting n’en rate pas une. En mode connasses de rêves, Goldie Hawn et Meryl Streep réinventent le crêpage de chignons façon cartoon, offrant des transformations impossibles à leur corps puzzle face à un Bruce Willis façon loque moustachue.
Cette débauche d’effets réjouissants fait de Beverly Hills une cité de stars mortes-vivantes, dont ni le botox, ni la magie ne sauvera de la dégradation absolue. Les piques sont féroces, mais l’apothéose promise tombe un peu à plat : les nombreuses scènes coupées (dont certaines visibles dans la bande-annonce) et les retours désastreux de l’épilogue cachent sans doute quelques réponse sà cette conclusion hâtive.
Il n’empêche que Zemeckis donne du tonus à cette débandade macabre, qui s’amuse sans retenue de la mortification hollywoodienne, d’ailleurs plus que jamais d’actualité. Il est même étonnant de voir à quel point un certain Burton tenta de retrouver le même ton de soap dégénéré, grivois et surnaturel dans son récent Dark Shadows…sans y parvenir.
Derrière les gags, l’aspect fantastique garde sa séduction, comme l’atteste les apparitions d’Isabella Rossellini (qui n’a jamais été aussi belle) dans son château art déco, en gourou mystère qu’on croirait sorti d’un péplum des années 20.

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