Trilogie Ilsa (1975 – 1977) Don Edmonds & Jean LaFleur : Les Nus & les Morts

 Le cinéma bis, et plus particulièrement celui des 70’s, est une bien belle manière de nous rappeler fréquemment que le Septième art avait déjà dépassé ses limites en termes de déviances et d’interdits, et même à la vue du public : là où aujourd’hui, l’innommable se cache souvent dans les méandres du circuit underground, le cinéma d’exploitation dit « Grindhouse » avait déjà décider de remplir les caisses par tous les moyens possibles. Il en reste des produits souvent impensables, à l’audace tantôt édifiante, tantôt hilarante, mais en somme, toujours payante. C’est le but atteint de la trilogie Ilsa, qui ne franchirait même pas le cap de la vidéo de nos jours.

Et comme souvent, l’origine de ses débordements cinématographiques tient en des sources plus « estimables » : de la même manière que Les Diables sera le chef de file de la Nunsploitation, Portier de Nuit et son étalage d’une sexualité déliquescente sur fond de nazisme provoquera un regain d’intérêt de la part de certains circuits B et Z. La première tentative remontait cependant avant le Cavani (comme cela arrive parfois), avec l’obscur Love Camp N°7. En 1974, une certaine Ilsa remet les pendules à l’heure, provoquant l’émergence d’un sous-genre – le Nazisploitation – bien décidé à jouer avec le feu. Un sous-genre médiocre certes, mais qui donnera du grain à moudre à de grands réalisateurs tels que Tinto Brass ou Pier Paolo Pasolini : Salò et Salon Kitty peuvent en être des preuves éloquentes.

Or, là où les points des deux noms sus-cités ont donné lieu à des oeuvres passionnantes, l’idée de laisser l’Holocauste entre des mains baladeuses fait du Nazisploitation l’un des sous genres les plus houleux du cinéma bis (avec celui du Mondo Movie). Divertir le chaland avec l’une des plus grandes tragédies du 20ème siècle reste en effet un débat encore à caution : le résultat présent laisse pourtant de côté le premier degré. A la manière des WIP de Roger Corman, Ilsa revendique ses aspects too much, sans plonger toutefois dans la parodie : il est préférable alors d’assimiler le spectacle (qui ne tente nullement la véracité documentaire douteuse de certains de ses ersatz) à des numéros live d’Elvifrance, ces bandes-dessinées de poches pour adultes qui exploitaient les situations les plus sulfureuses dans le but de déshabiller un max quelques donzelles de papier.

Racolage, le mot est lancé : on retrouve donc Dyanne Thorne, une sorte de Mireille Darc pornographique, à la tête d’un camp de prisonniers qu’elle passe en revue régulièrement dans le but de les torturer au nom de la science. Avide des plaisirs de la chair, la demoiselle castre son amant trop pressé et prend sous sa coupe un blondinet capable de l’a faire hurler de plaisir durant des heures. Pas très sérieux donc…

Au rythme des orgies et des sévices, Ilsa la louve des SS affirme ses débordements ultra graphiques (les maquillages sont même étonnement impressionnants), n’hésitant pas non plus à combler en perversion (plan à trois, viol crapoteux, urophilie, gode électrifiant) les passages en manque d’hémoglobine. Tiraillé entre son réalisme gerbant et l’outrance, le résultat est assurément fascinant, véritable témoin d’une époque révolue.

Et bien que sauvagement tuée à la fin du premier film, Ilsa reviendra pour deux épisodes tout aussi gratinés : mélange de cruauté et de volupté trop fou pour être vrai, elle appartient aux fantasmes délirants de son époque qui, comme Sasori des Female Scorpion Convict, One  Eye de Crime à Froid ou Black Emanuelle ont réorganisé l’image de la femme à grand coup de serpe dans un cinéma où celle-ci était vouée à rester une victime. Le trait est plus grossier et moins moral ici, mais tout aussi intéressant…

Plus bis encore, Ilsa, Gardienne du Harem, visite les coins et les recoins d’un Harem dirigé d’une poigne de fer par la blonde généreuse, dont le sadisme et la sexualité débridée font toujours des ravages. Entre des seins explosés sans pitié et des vagins piégés, cette nouvelle monture est bien décidée à assurer sa place de divertissement dégénéré, dans un cadre exotique moins sujet à polémique.

Moins d’enthousiasme par contre pour Ilsa, Tigresse du Goulag, que deux mains se sont visiblement disputées (très probablement Don Edmonds, et un certain Jean LaFleur). De ce 2 en 1, on garde une première partie évoquant le premier volet et ses envolées nauséeuses, avec une Ilsa tenant cette fois un Goulag infernal : quand elle n’est pas occupée à nourrir son gros tigre de malheureux prisonniers; Ilsa organise des partouzes dans son cabanon, histoire de se réchauffer après quelques verres de Vodka ! Dommage qu’au bout d’une demi-heure, l’action change d’époque et de décor pour se lancer dans une sorte de gloubi boulga d’espionnage où Mademoiselle Ilsa joue les proxénètes louches à Montreal.
Incongrue, scabreuse, impertinente et sordide : cette trilogie est assurément un met de choix pour les aventuriers de l’extrême.

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