Nuits Sanglantes (1987) Jeff Burr : On dirait le Sud…

Tout au long d’une carrière discrète (pour ne pas dire médiocre) basée avant tout sur le business de suites qui ne s’imposaient guère (Massacre à la tronçonneuse 3, The Stepfather N°2, Puppet Master 4 & 5, Pumpkinhead 2…), jamais Jeff Burr ne fit aussi bien que son premier long, réalisé alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années. Devenu From a whisper to a scream à sa sortie dvd, The Offspring est une anthologie d’horreur qui défie les lois du petit budget pour imposer un parfum pestilentiel et envoûtant.

Histoire dans une histoire, le fil rouge expose un Vincent Price onctueux et inquiétant (comme toujours), bien qu’économisant au maximum ses forces, dans le rôle d’un bibliothécaire face à une journaliste très curieuse (la – récemment – regrettée et magnifiquement tordue Susan Tyrell), désireuse d’en savoir davantage sur sa nièce fraîchement exécutée (brièvement incarnée par l’animale Martine Beswick, ancienne égérie de la Hammer). Mais selon le vieux bougre, il faut remonter à la source du mal pour comprendre la défunte meurtrière : et cette source, c’est Oldfield, petite ville du Tennesse baignant dans une atmosphère d’ultra-violence quasi-permanente.

Malgré son jeune âge et un manque de budget évident, Burr joue admirablement de ses lacunes pécuniaires en faisant mijoter son public dans une ambiance sordide et poisseuse, s’accaparant les relents chargés du Deep South américain : champs de batailles, freakshow, bayous….tout en évitant miraculeusement les lieux communs. L’approche est radicale, mais efficace : dès le premier segment, Clu Gulager se trimballe la carcasse d’un vieux garçon habité par des pulsions nécrophiles qu’il compte bien mettre à l’oeuvre. Burr n’y va pas par quatre chemins en évoquant des situations scabreuses à souhait (alors qu’il rêve de sexe pourrissant, le héros se retrouve à faire la toilette de sa soeur vieillissante qui tente vainement de le séduire dans son bain glacé) jusqu’à son épilogue, plus facile mais sérieusement déglingué.

 La belle affaire que représente Nuits Sanglantes c’est de respecter le quota des fameux E.C Comics (dépeindre des situations atroces avec une ironie non dissimulée) tout en mettant de côté les tics sardoniques : ici, Burr joue à fond la carte du malsain, et ça marche. 
Les horreurs de l’entrée en matière mettent suffisamment la barre assez haute pour que la suite trouve son rythme de croisière, moins frénétique : la rencontre d’un malfrat et d’un magicien débouchant sur un final traumatisant (justifiant un opus assez faiblard) et les minauderies de deux tourtereaux tentant de s’échapper d’une foire aux monstres. Ce qui pourrait s’assimiler à un Freaks du pauvre se teinte, certes de tragédie, mais surtout de fantastique – ce dont Browning ne s’occupait pas – réinterpretant de manière surprenante l’univers des cirques borgnes. Sans compter du gore certes contenu, mais réellement méchant. 
La conclusion de ce train fantôme, relecture surprenante des Révoltés de l’An 2000, brille moins par ce qu’elle propose en tant que récit mais séduit par son cadre inhabituel, prêtant à la guerre civile américaine une aura de désespoir et d’effroi galopants peu communs dans le cinéma d’horreur.  Sans pitié et sans fards, elle conclue le tableau démentiel d’une Amérique hantée qui ne pardonne pas.
Retrouvez un entretien exclusif de Jeff Burr à propos de Nuits Sanglantes sur le défunt blog Fears for Queers ICI

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